Diversité culturelle

Communiqués / Discours / Déclarations

Le projet de Convention sur la diversité des expressions culturelles à la 33e session de la Conférence générale de l'UNESCO : "Il appartient désormais aux États membres de prendre la responsabilité de son adoption"

UNESCO, le 3 octobre 2005 - 2005/10/03

C'est en présence de plus de 2000 participants des 191 pays membres, dont un nombre important de ministres et plusieurs chefs d'État et de gouvernement, que les travaux de la 33e session de la Conférence générale de l'UNESCO ont débuté le 3 octobre dernier au siège de l'Organisation à Paris et se poursuivront jusqu'au 21 octobre prochain.

Trois textes normatifs figurent à l'agenda de la Conférence générale, dont le projet de Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, qui devrait être examiné par la commission IV (Culture) vers la mi-octobre. De l'avis de nombreux observateurs , la 33 e Conférence générale « devrait franchir une étape cruciale lors du débat sur ce projet de Convention soutenu par plusieurs États membres mais vivement combattue par les États-Unis ». Selon eux, l'intention de l'UNESCO de garantir la diversité culturelle par un " instrument normatif international, de nature contraignante " - à savoir d'autoriser les États à subventionner des produits culturels en les soustrayant aux règles commerciales normales - promet de donner lieu à des échanges passionnés, (d'autant plus que) les États-Unis sont notamment hostiles à ce concept » .

Lors de la 172 e session du Conseil exécutif dont les membres ont adopté, le 29 septembre dernier, à la quasi-unanimité le projet d'amendement qui recommande expressément à la Conférence générale, à sa 33 e session, d'examiner le texte de cet avant-projet en tant que projet de convention et de l'adopter comme convention de l'UNESCO (voir notre Bulletin no 28 du 26 septembre, le Directeur général de l'UNESCO, M. Koïchiro Matsuura a déclaré que la Convention sur la diversité des expressions culturelles "reste à l'évidence un sujet sensible" et qu'« il appartient désormais aux États membres de prendre la responsabilité qui est la leur (pour son adoption). J'espère qu'une issue sera trouvée qui serve au mieux les intérêts de notre Organisation ».

Aussi, lors de la cérémonie soulignant le 60 e anniversaire de l'UNESCO, dans le cadre de la 33 e Conférence générale, le Président de la République fédérale allemande, M. Horst Köhler, a plaidé pour la diversité culturelle à l'UNESCO en exaltant la "diversité, le partenariat et le respect" pour garantir  la dignité humaine. Il a également mis en relief l'importance de la diversité culturelle pour la prospérité internationale et apporté son soutien à la protection de la diversité culturelle, "objet d'un débat controversé de la 33 e Conférence générale, en raison notamment du refus des  États-Unis de signer un texte contraignant sur le sujet" : « Une culture forte et sûre d'elle-même donne à l'individu les repères dont il a besoin pour se situer et s'orienter dans la vie. Les individus le savent très bien, et c'est pourquoi ils ont une conscience de plus en plus aiguë de leur identité culturelle: ce qui les a marqués, ce qui les différencie des autres et ce qui les caractérise. (.) Ce qui ne veut pas dire prendre la fuite ou dresser des barrières contre les autres (...) La diversité culturelle est importante pour l'individu, pour qu'il trouve sa place, qu'il s'ouvre et participe sereinement au monde. (.) C'est pourquoi il est si important de renforcer à la fois la confiance que l'on a en sa propre culture et le respect pour les autres cultures », a déclaré le Président Köhler, préconisant un partenariat entre les cultures dont bénéficieraient les individus et les communautés dans les pays développés et en développement : « un partenariat entre des cultures "interdit  l'impérialisme culturel tout comme la tentative de se fermer" sur  soi-même, et constitue une base pour la coopération économique à  l'échelle mondiale ».

Dans le même sens, le Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, M. Jean Asselborn, dans son allocution, a déclaré que « Le dialogue des cultures (.) obtiendra un nouvel ancrage dans les relations internationales par l'adoption (.) d'un nouvel instrument normatif en la matière, (à savoir) la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Je me dois de féliciter tous les acteurs qui ont travaillé avec persévérance dans la pleine conscience de l'importance vitale et urgente de la tâche depuis la dernière Conférence générale pour permettre à cette Organisation et à la Communauté internationale de disposer d'un texte comportant des engagements en bonne et due forme. La Convention marquera une réelle volonté de mieux saisir les enjeux, d'accroître le respect mutuel et l'échange, de creuser le dialogue entre toutes les cultures et d'assurer leur développement, et enfin de partager des convictions profondes ancrées dans des valeurs communes. Le Luxembourg espère que le texte mis sur pied par les experts en juin dernier sera adopté par consensus au cours de cette session de la Conférence générale et qu'il sera rapidement ratifié par ses signataires en vue de permettre sa mise en vigueur dans un délai rapproché ».

Par ailleurs, dans son discours, la Présidente du Sri-Lanka, Mme Chandrika Bandaranaike Kumaratunga, a donné son soutien à la Convention sur la diversité des expressions culturelles artistiques : « Nous ne pouvons pas permettre qu'une seule vision, qu'un seul ensemble d'idées, qu'un seul projet englobe le monde entier » , a-t-elle déclaré, estimant qu'un tel monde serait "terriblement pauvre" et "dangereusement opprimant". La Présidente sri-lankaise et son homologue du Ghana, M. John Kufuor, ont souligné l'importance de l'action de l'UNESCO pour le développement de l'esprit de "tolérance et de dialogue". Rapportant ces propos, le Quotidien du peuple de Chine souligne que « l'avant-projet de Convention (.), un document contraignant qui veut faire reconnaître la spécificité de la culture et la soustraire aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), a déjà été signé par 130 États membres en juin à Paris. Il est combattu par les États-Unis qui lui reprochent d'être protectionniste (.), au nom de la liberté des échanges » .

Selon l'ambassadeur helvétique auprès de l'UNESCO, M. Ernst Iten, la Suisse soutiendra notamment le projet de convention pour la défense de la diversité culturelle et la liberté d'expression. Pour la Suisse , le plus important serait l'adoption d'un premier projet de Convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques, a-t-il soutenu : « Nous sommes un pays multiculturel et la diversité culturelle fait partie intégrante de notre identité. Le principe est même inscrit dans la Constitution helvétique et le gouvernement a le devoir de veiller à son respect et à son application ».