Diversité culturelle

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Les enjeux du dialogue des cultures et de la sauvegarde de la diversité culturelle et l’engagement de l’UNESCO en faveur de « la promotion de la féconde diversité des cultures »

Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO, Paris le 7 juin 2005 – 2005/06/07

Lors de la séance inaugurale de la deuxième réunion des ministres de la Culture de l’Asie et de l’Europe qui se tenait à Paris du 7 au 8 juin 2005, M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre français de la culture et de la communication, a invité les deux continents à prendre conscience de leur intérêt commun et de leur convergence croissante, pour protéger et promouvoir la diversité culturelle, et éviter ainsi l'uniformisation du monde: « Face à cette uniformisation en marche, face aux risques d'appauvrissement culturel qui en découlent, les États ont le devoir de réagir (et) doivent avoir le droit de protéger et de promouvoir une offre culturelle étendue. Il s'agit non seulement de la sauvegarde des cultures et des patrimoines traditionnels, mais également de tous les secteurs de la création artistique et culturelle contemporaine. La diversité culturelle ne peut en effet être pleinement crédible que si elle permet à tous les pays, quel que soit leur niveau de développement, d'exprimer leur propre identité et leur génie national; et cela non pas uniquement dans la préservation et la protection de leur patrimoine matériel ou immatériel, mais aussi dans leur capacité à participer au champ des productions et des échanges d'œuvres contemporaines, dans tous les domaines de la création, culturelle et audiovisuelle».

Le ministre a du reste ajouté: « Mais pour prendre tout son sens, notre préoccupation commune en faveur du dialogue et de la diversité des cultures du monde se doit d'avoir des prolongements très concrets. Ceux-ci doivent concerner tant la promotion des échanges culturels entre nos deux continents et le soutien à la mobilité des créateurs et des œuvres de l'art et de l'esprit, que l'action concertée, internationale et multilatérale, afin de faire aboutir le cadre juridique multilatéral qui reconnaîtra la spécificité des biens et services culturels et des expressions artistiques, ainsi que le droit des États à protéger et promouvoir leurs propres cultures. Je veux parler en particulier du projet de convention en discussion actuellement à l'UNESCO ». À cet égard, il a réaffirmé la position de la France: « La France souhaite (…) en accord avec la position européenne unanime et commune, que les principes suivants puissent être réaffirmés avec force : la reconnaissance de la spécificité des biens, services et activités culturels, qui sont à la fois des vecteurs de la diffusion des œuvres de l'esprit, et des objets de commerce; le droit des États à adopter ou maintenir des mesures qu'ils jugent appropriées à la préservation de leur patrimoine culturel et au développement de leurs expressions culturelles et linguistiques; le renforcement de la coopération et de la solidarité en faveur des pays en développement, afin de contribuer à rééquilibrer les échanges de biens et services culturels et de favoriser le pluralisme des expressions culturelles; la non-subordination de la convention aux autres traités, et notamment aux accords commerciaux, et au règlement des contentieux dans le cadre d'un mécanisme contraignant ». De plus, il a déclaré : « Les enjeux du dialogue des cultures et de la sauvegarde de la diversité culturelle dépassent largement la seule sphère artistique et culturelle. Il s'agit de maîtriser et d'humaniser la mondialisation. C'est parce que nous sommes attachés à la paix et au développement, que nous prônons le dialogue des cultures. C'est parce que nous sommes conscients de la complexité du monde que nous défendons la diversité, source de richesse et de progrès ».

Invité à s’exprimer lors de cette séance inaugurale, le Directeur général de l’UNESCO, M. Matsuura a rappelé l’engagement constant de l’UNESCO en faveur de « la promotion de la féconde diversité des cultures ». Après avoir souligné « le remarquable effort accompli depuis deux ans, date à laquelle la Conférence générale a assigné cette nouvelle tâche à l’Organisation », le Directeur général a commenté « le texte riche et généreux, qui propose une série de mesures destinées à protéger tout autant qu’à promouvoir la diversité des expressions culturelles » préparé par les experts gouvernementaux, qui se sont montrés au cours du processus « soucieux de solidarité, de dialogue et d’échanges multipolaires », tentant de « trouver le point de convergence entre les exigences de libre circulation et accès, d’égale dignité et de respect de toutes les cultures, d’ouverture et d’équilibre, de solidarité et de coopération internationales, en soulignant la double nature - économique et culturelle - des activités, biens et services culturels ». « Ce texte, a-t-il ajouté, considère la coopération internationale, en particulier avec les pays en développement, comme un élément incontournable de son dispositif, et place la culture en tant que ressort fondamental du développement durable de nos sociétés ».

Cependant, constatant que « sur certaines clauses clés, un consensus n’a pu être atteint », M. Matsuura a exprimé le souhait que « dans l’intervalle des quelques mois qui nous séparent de la Conférence générale, ces divergences pourront être aplanies afin de parvenir à une formulation satisfaisante pour tous de ces articles ». « Il serait très regrettable que les pays ayant réservé leur position sur certaines des clauses clés de cette convention choisissent in fine de ne pas rallier cette Convention, dont l’importance et l’urgence sont cruciales pour la protection et la promotion de la diversité culturelle. C’est pourquoi je ne peux que souhaiter qu’un effort supplémentaire soit accompli et que la culture parvienne, en déployant toutes ses forces unificatrices, à faire émerger le consensus. Ce serait faire honneur à la culture! » A-t-il conclu. [05-18]