Diversité culturelle

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La Francophonie invitée à l'OMC à l'occasion de son 10e anniversaire

Abdou Diouf, Secrétaire général de l'OIF, Genève, le 20 avril 2005 – 2005/04/20

Invité à prendre la parole à l’occasion du 10e anniversaire de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui se célébrait le mois dernier à Genève en Suisse, le Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), M. Abdou Diouf, a déclaré que « la Francophonie est liée à la défense d’une langue et de la diversité culturelle, choses dont on parle plutôt à l’UNESCO qu’à l’OMC ». Cependant, dans son « plaidoyer francophone en faveur de l'OMC », il a relevé que depuis la création de l’OMC, les accords bilatéraux se sont multipliés au point qu’il est devenu difficile d’en faire un inventaire, même approché: «Prétextant les lenteurs des négociations commerciales multilatérales, les pays les plus riches, qui défendent un libre échange généralisé sans pour autant renoncer à des mesures de soutien caractérisées, s’efforcent d’obtenir des accords bilatéraux avec leurs multiples partenaires. Quelle que soit leur apparence, ces accords sont nécessairement inégaux et les avantages qu’ils peuvent offrir à court terme se paient nécessairement sur le long terme. Et je ne parlerai même pas de l’usage politique qui peut être fait de ces accords, tant au moment de la négociation que lors de leur reconduction».

Par ailleurs, évoquant les questions qui dominent les négociations commerciales et les débats depuis de longues années, M. Diouf a déclaré que les pays de la Francophonie ne doivent pas pour autant perdre de vue une dimension tout aussi importante des relations commerciales, celle des services : « L’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS/GATS) touche à des points capitaux pour le maintien d’une véritable diversité culturelle. La Francophonie affirme à chaque occasion que les biens et services culturels ne sont pas des marchandises comme les autres. Associée à la mise en place d’une Convention internationale sur la diversité culturelle, elle souhaite que cette spécificité soit prise en compte et que l’OMC, comme c’est déjà le cas en matière environnementale, prenne en compte des accords multilatéraux négociés dans d’autres cadres. Mais d’ici là, il est déjà important que tous les pays prennent position sur la question et fassent valoir leurs droits : la politique de la chaise vide, de l’absence de réponse ne peut pas donner de résultat satisfaisant. Cette absence permet en effet aux pays les mieux nantis d’être actifs à la fois sur le front multilatéral, à l’OMC, et de poursuivre des négociations commerciales bilatérales ».

Dans un précédent discours prononcé le 11 février 2005 à Libreville au Gabon, à l'occasion du Sommet des Chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), M. Diouf a déclaré que la Francophonie comptait sur eux : «Les racines anciennes et les richesses culturelles exceptionnelles que vous possédez des bords du Sahara au Bassin du fleuve Congo sont une référence et un réservoir inépuisable pour notre combat en faveur de la diversité culturelle et linguistique. Il faut vous en prévaloir pour jouer un rôle de premier plan dans ce combat, dans l’aboutissement de notre projet de Traité sur la protection de cette diversité culturelle à l’UNESCO en octobre prochain. Il faut vous en prévaloir pour participer activement à la construction de ce monde de paix, d’échange, de dialogue des civilisations, de solidarité dans laquelle nous sommes engagés ».

De la même manière, dans un discours à l'École de management de Reims en France le 31 mars dernier, il déclarait également que la Francophonie était fortement impliquée, au niveau de ses États membres, dans la négociation en cours à l'UNESCO dont l'objectif est de produire une Convention internationale sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques : « L'enjeu est de taille. Il s'agit tout simplement de garantir juridiquement les voies et moyens d'une préservation de la pluralité culturelle du monde et d'assurer une capacité de production et de diffusion de ses supports non exclusivement fondées sur les prétendues « lois du marché » dont on connaît bien les effets dévastateurs sur la capacité des pays les plus défavorisés de faire vivre leurs cultures. Cette diversité, elle est véritablement en péril aujourd’hui ». [05-14]