Diversité culturelle

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Préserver la diversité culturelle : La Francophonie à la recherche d'alliés

Montréal Campus - Le journal étudiant de l´Université du Québec à Montréal, Vol. XXIV, no. 27 , 9 février 2005 - 2005/02/09

Inquiets des menaces que fait peser la mondialisation des marchés sur la culture, plusieurs membres de la Francophonie en grande majorité, mais aussi hispanophones et lusophones, se sont rencontrés au Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre au Brésil pour discuter des moyens de résister à l'hégémonie américaine, « par un souci de diversité, afin d'éviter que des cultures soient tout simplement éliminées », nous rapporte Le Journal étudiant de l'UQAM dans sa parution du 9 février dernier. Parmi les solutions préconisées, certains intervenants, comme Bernard Cassen, directeur du Monde diplomatique et fondateur de l'Association pour la taxation des transactions pour l'aide aux citoyens (ATTAC), proposent de remplacer cette « hyperpuissance » par une multipolarité linguistique, fruit de l'alliance entre tous les non-anglophones, ce qui viendrait rééquilibrer les relations entre les peuples.

Faisant le point sur les négociations en cours pour l'adoption d'une Convention internationale sur la protection de la diversité des expressions culturelles, M. Didier Le Bret du ministère français des Affaires étrangères et représentant de la France à l'UNESCO, soutient que le projet permettrait aux États d'appliquer certaines mesures pour protéger les arts et la culture, malgré leurs engagements envers les traités internationaux de libre-échange. Il souligne notamment que les États-Unis, qui font fortune grâce à l'exportation de leurs « produits culturels », s'opposent farouchement à toute mesure protectionniste : « À l'extrême limite, il est possible de leur faire admettre qu'on puisse soutenir certaines activités peu rentables, comme la danse, le théâtre ou les musées. Mais, dès qu'on parle de ce qu'ils qualifient «d'industries culturelles» ou «d'entertainment», ils refusent net et font primer le commerce ». M. Daniel Turp, député du Parti québécois, plaide pour une convention de l'UNESCO encore plus contraignante et qualifie la proposition actuelle d'insatisfaisante. M. Leonardo Brant, président de l'Association brésilienne pour la diversité culturelle, a toutefois assuré qu'il tient à la protection de la culture et, comme plusieurs de ses compatriotes, s'inquiète de sa « marchandisation » croissante. À cet égard, le Brésil est qualifié de « pays charnière » dans les questions culturelles. Comme aussi grand exportateur de feuilletons télévisés à travers le monde, le Brésil peut donc avoir certains intérêts « offensifs » dans le domaine de l'industrie culturelle internationale.

Cependant, si la plupart des intervenants fondent de grands espoirs dans l'adoption éventuelle du projet de Convention de l'UNESCO, il en va autrement de M. Ricardo Petrella, professeur d'économie à l'Université catholique de Louvain, en Belgique, et auteur très en vue chez les altermondialistes, qui se montre plus pessimiste. Aussi s'inquiète-t-il que dans les conditions actuelles « la Convention de l'UNESCO sur la diversité culturelle n'atteindra pas les objectifs que ses promoteurs se sont donnés ». Selon lui, tant que les grandes puissances affirmeront être à l'ère de « l'information et de la connaissance », tant qu'elles croiront que ces éléments sont la première source de richesses et que l'un des droits humains fondamentaux est la propriété privée, peu de choses pourront changer. «L'information et la connaissance deviennent stratégiques. L'Occident transforme le monde en terrain de lutte ou chacun essaie de conquérir un maximum de connaissances et d'informations, ajoute-t-il. L'affrontement est inévitable. Il y aura nécessairement des conquérants et des conquis. Certaines cultures jugées plus faibles ou moins compétitives seront éliminées ».