Diversité culturelle

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La protection des productions culturelles : Des représentants d'organisations professionnelles de la culture de 21 pays se mobilisent

La Libre Belgique, édition du 2 février 2005 – 2005/02/02

Des représentants de professionnels de la Culture de 21 pays, dont la France, l'Allemagne, la Belgique, le Canada et le Québec, des pays africains et d'Amérique latine, se sont réunis la semaine dernière pour défendre l'adoption d'un traité qui permettra réellement aux États « de prendre des mesures pour protéger et promouvoir la diversité de leurs exceptions culturelles ». Ils affirment notamment que ce traité « ne doit pas être subordonné à d'autres accords internationaux », et « doit avoir le même poids que les autres accords, y compris les accords commerciaux ». L'objectif de ce traité est de garantir un cadre juridique au droit des États de soutenir la création et la circulation des oeuvres au plan national et international, afin d'éviter que la mondialisation ne menace la diversité et n'appauvrisse les expressions culturelles.  Le grand débat qui agite l'UNESCO est donc celui de la ratification en octobre prochain d'une nouvelle convention qui permettrait aux gouvernements d'aider la création, la production, la promotion et la diffusion de ces arts afin de protéger les artistes contre l'envahissement d'une culture mondiale et commerciale. Les organisations des professionnels de la Culture, regroupées au sein du Comité international de liaison des Coalitions pour la diversité culturelle, se battent pour qu'une telle convention existe et puisse être opposable aux visées de l'OMC qui voudrait ramener la culture à une matière économique où toute aide publique serait interdite, rapporte l'AFP.

Dans la même tribune, Monique Dagnaud, spécialiste de la régulation des médias, rappelle que ce débat, qui dure depuis des années, « concerne principalement les biens culturels de grande consommation, le disque, le cinéma, les programmes audiovisuels, le livre » et que les marchés de ces produits, qui profitent énormément aux États-Unis, sont inégalitaires. Aussi soutient-elle que cette Convention «renforcera les pays qui sont favorables à la défense de l'exception, et servira aussi la cause des pays en voie de développement qui cherchent à développer leur propre industrie ». Cependant, elle souligne que l'évolution des débats dépendra pour une large part de l'attitude des Etats-Unis : « Tout le monde admet d'une manière générale le principe de la protection culturelle, y compris les Américains. Mais, ils se montrent "précautionneux" ». À ce propos, Guy Duplat rapporte que « Les États-Unis qui ont rejoint l'UNESCO il y a 3 ans (sic), après 19 ans d'absence, sont opposés à cette ratification sauf à la vider de sa substance en la cantonnant aux seuls aspects purement culturels. »  Interrogé à ce sujet au cours de sa visite officielle de trois jours en Belgique, le Directeur général de l'UNESCO, M. Koïchiro Mastsuura, a déclaré : «Nous avons déjà d'autres conventions qui protègent la diversité culturelle. Ce sont celles sur le patrimoine matériel et immatériel et sur le trafic d'oeuvres. Les États-Unis ne sont pas seuls. Ce débat est de la compétence des États membres et je n'ai pas de compromis à présenter entre les thèses en présence, et je n'ai pas beaucoup de marges de manœuvre ». [05-04]