Diversité culturelle

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Adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO: " Permettre aux États d'aider leur cinéma "

Bernard Gournay, membre de la commission française à l'Unesco, Paris, le 21 octobre 2005 – 2005/10/21

Dans une entrevue publiée par LeNouvel Observateur, M. B ernard Gournay, membre de la Commission française à l'Unesco, auteur de "Exception culturelle et mondialisation" - Presses de Sciences Po, 2002 (Coll. La bibliothèque du citoyen), souligne les buts de la Convention sur la diversité des expressions culturelles adoptée à l'Unesco. Selon lui, son premier objectif est de « donner à tous les États la possibilité de maintenir leur cinéma, leur télévision, leur radio face à l'OMC. Mais il ne suffit pas de reconnaître ce droit, il faut que les États puissent produire des films ou avoir des chaînes de télévision ou stations de radio publiques. C'est le droit pour la télévision ou la radio d'être soutenues par les pouvoirs publics, ce qui est une énorme bagarre au niveau international. Murdoch, qui a le grand mérite d'être franc, a déjà dit: "Mort à la BBC", expliquant qu'il fallait que cessent les subventions publiques à la chaîne britannique, ou qu'on lui verse les mêmes!  L'ambition de la Convention est de permettre à tous les pays d'utiliser les moyens modernes pour permettre un développement de leur culture, pour permettre à tous les artistes de pouvoir produire. Et il faut que les systèmes d'aides internationaux soient maintenus. L'Union européenne finance on le sait le cinéma africain, le Conseil de l'Europe aide les pays de l'Est à retrouver une production cinématographique, et la Convention permet de maintenir ces aides ou d'en créer de nouvelles ».

De même, ajoute-t-il, « Le problème de la diversité culturelle n'est souvent pas très bien perçu. Cette Convention aborde "la diversité culturelle et l'expression artistique", donc certes le théâtre, la peinture, la danse, c'est à dire l'expression artistique, mais aussi la diversité culturelle dans un sens large qui englobe les traditions nationales. Face à ce point, les Américains ont tout de suite affirmé que l'Unesco souhaitait favoriser des traditions héritées d'un passé contraires aux droits de l'Homme, pensant à l'excision encore en pratique dans certains pays africains ou le fait de brûler des femmes en Inde. Mais l'Unesco a répondu très clairement qu'elle n'aiderait jamais des traditions contraires aux droits de l'Homme. Le but de la Convention est de permettre à toutes les communautés humaines de s'exprimer et d'échanger, chacune considérant l'autre comme son égale. Cela, les Américains semblent ne pas vouloir en entendre parler. »

Par ailleurs, M. Gournay trouve "ridicule" l’argument invoqué par les États-Unis pour voter contre la Convention, selon lequel la Convention, en célébrant le particularisme, peut entraîner une sorte appauvrissement culturel. Pour lui, «  la Convention ne va rien changer sur la circulation de la culture et en particulier des films, grande crainte américaine. Les chaînes privées vont continuer de diffuser des films américains, les cinémas également et vous trouverez toujours tout ce que vous souhaiter en DVD dans les magasins. Cela ne change rien. Peut-être verra-t-on naître des quotas de diffusion de films européens, mais où est le frein à la diffusion de films américains? », se demande-t-il.