Diversité culturelle

Publications et études

« Menaces sur la diversité culturelle : une lutte d'exception »

Revue   Mouvements , no. 37, janvier-février 2005, Paris, éd. La Découverte - 2005/01-02

La dernière édition de la revue Mouvements est entièrement consacrée à la diversité culturelle, notamment les menaces qui pèsent sur elle. Dans un article paru dans la revue Politis , M. Dominique Sagot-Duvauroux, professeur d'économie à l'Université d'Angers, en France, spécialiste des questions culturelles, et l'un des initiateurs, avec Jacques Hoarau et Michel Maric, de ce dossier intitulé « Menaces sur la diversité culturelle » explique l'enjeu de ce dossier : « Nous voulions que ce dossier alimente le débat qui se déroule actuellement à l'UNESCO autour de la convention pour la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques qui doit être soumise au vote des États membres d'ici à la fin de l'année. L'objectif de ce texte est de dépasser les simples déclarations d'intention et d'obtenir un véritable texte juridique, opposable aux nouvelles négociations sur la libéralisation des services qui ont lieu au sein de l'Organisation mondiale du commerce et qui doivent arriver à échéance début 2006. Ajoutons que la polémique autour de la directive Bolkestein sur les services rend la publication de ce dossier particulièrement opportune ».

Présentant la structure du dossier, M. Sagot-Duvauroux explique : « Dans un premier temps, quelques articles d'analyse examinent ce que recouvre le concept de diversité culturelle et les ambiguïtés que le terme recèle. C'est notamment le cas du point de vue strictement économique, avec Françoise Benhamou, ou d'un point de vue plus anthropologique, avec Stéphane Vibert. La deuxième partie du dossier présente les actions des acteurs pour favoriser cette diversité. On revient alors à une définition plus étroite de la diversité culturelle, défendue notamment par Pascal Rogard, le directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), qui accuse les Américains de vouloir noyer cette diversité culturelle dans des dimensions anthropologiques qui la vident de sens d'un point de vue opérationnel. Ce que nous voulions aussi faire apparaître, c'est que la standardisation de la culture n'était pas une fatalité ».

Pour l'auteur, la diversité culturelle se défend à tous les niveaux, international et local, et par la conquête de nouveaux espaces entre le marché et les institutions. Relançant le débat sur les échanges gratuits de fichiers musicaux, le « peer to peer », et notamment en quoi ils sont intéressants en matière de diversité culturelle, l'auteur indique qu'à côté des marchés et des institutions, se sont créés des espaces qui prennent de plus en plus d'autonomie et ouvrent des évolutions démocratiques passionnantes. Il souligne notamment que «  l e peer to peer fait partie de ces initiatives qui montrent que des échanges peuvent se développer sans que les pouvoirs publics ni les marchés ne puissent intervenir. Bien entendu, compte tenu de l'évolution technologique et de ces initiatives, la question du financement de la création reste posée ». Étant donné l'ampleur du phénomène, il invite notamment les pouvoirs publics à en prendre acte : « Que l'on puisse avoir accès gratuitement à des contenus culturels, y compris dans les pays pauvres, est en soi formidable. Cela interroge évidemment les politiques publiques qui fixent comme objectif la démocratisation de la culture. Comment peuvent-elles aller contre sans paraître se contredire ? C'est tout l'intérêt de la réflexion sur la politique culturelle aujourd'hui : il faut concilier le bénéfice que peut retirer la société de la diffusion gratuite de la culture et la nécessité de trouver des rémunérations pour les artistes, les éditeurs et les producteurs, qui ne passeront pas forcément par des mécanismes de droits d'auteur, mais des subventions, des licences légales ou des mécanismes à inventer ».