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Le libre-échange et les accords de commerce dans la politique commerciale des États-Unis – Cahiers de recherche - CEIM 04-03

M. Christian Deblock, Centre Études internationales et Mondialisation (CEIM) - Université du Québec à Montréal, 16 avril 2004 - 2004/04/16

«Les États-Unis n’ont pas attendu les réformes toujours repoussées du système commercial multilatéral pour tenter, par d’autres voies, de remédier à ses lacunes et faire avancer leur agenda commercial, leur vision de l’ordre international et leurs intérêts géostratégiques. Ils ont multiplié les initiatives commerciales depuis deux décennies et se sont de plus en plus profondément engagés dans une voie parallèle, celle du bilatéralisme». Tel est le constat que dégage M. Deblock, économiste, directeur du CEIM et professeur à l’Université du Québec à Montréal, dans cette étude dans laquelle, il retrace et propose, dans un premier temps, une interprétation de ces évolutions, en retenant trois variables : les intérêts commerciaux, les intérêts géostratégiques et les valeurs. Dans un deuxième temps, il montre comment, en privilégiant les alliances commerciales et la mise en concurrence des accords commerciaux, d’une part, et en utilisant les accords commerciaux à des fins diplomatiques et géostratégiques, d’autre part, l’administration Bush a fait prendre un tour nouveau à la politique commerciale américaine. M. Deblock soutient par ailleurs que dans la catégorie d’arrangements liés au commerce, qu’il qualifie d’ad hoc, deux nouvelles tendances ont commencé à se dessiner dont l’une  concerne la voie bilatérale qui permet aux États-Unis «de contourner certaines dispositions ou exceptions générales contenues dans les accords multilatéraux, sur la diversité culturelle ou les OGM, par exemple».

Dans une annexe où M. Deblock analyse les objectifs recherchés dans l’accord de libre-échange avec le Maroc, l’auteur souligne que cet accord doit être replacé dans le cadre del’Initiative commerciale pour le Moyen-Orient, lancée en mai 2003. À cette fin, la stratégie américaine consiste à «s’appuyer sur les acquis des accords signés [notamment avec Singapour et le Chili] pour relever toujours un peu plus haut la barre». Les États-Unis procèdent en ciblant "les secteurs porteurs pour leurs exportations", à savoir les marchés publics et les services incluant les télécommunications et les technologies de l’information, entre autres. M Deblock souligne notamment que Robert Zoellick, le négociateur américain, «s’est fait l’un des plus ardents défenseurs des accords de libre-échange, tant par conviction que pour des raisons stratégiques». De ce point de vue, indique-t-il, «dans le cas des pays en développement en général et des pays émergents comme le Maroc en particulier, les accords de libre-échange présentent le double avantage, selon l’argumentaire officiel, de consolider l’ouverture économique et les réformes en cours, d’une part, et de créer un environnement économique et social favorable au développement, d’autre part». En clair, il s’agit «de démontrer les avantages que ces pays peuvent tirer du commerce et des investissements au plan de leur développement, puis, de verrouiller par un accord de libre-échange les réformes et les politiques économiques de libéralisation». C’est ainsi que M. Deblock replace le projet de libre-échange avec le Maroc dans le cadre de la "nouvelle stratégie d’alliances stratégiques". Cet accord présenterait, selon lui, des avantages indéniables : «il pourrait constituer un précédent pour d’autres accords, tout en venant sérieusement interférer dans le projet européen de mettre en place éventuellement une zone de libre-échange dans la région. En outre, et de manière plus immédiate, il permettrait d’éliminer le désavantage concurrentiel dont pâtissent actuellement les entreprises américaines et de la sorte de rattraper le terrain perdu.» [56] (Disponible en français seulement)