Diversité culturelle

Publications et études

Le cinéma ibérique entre espoir et promesses – Enquête

Le Film français, 24 septembre 2004 - 2004/09/24

Dans cette enquête de Mme Hélène Cobo pour Le Film français, elle souligne qu’à la veille de l’ouverture du 52e Festival international du film de San Sebastian, qui a eu lieu du 16 au 25 septembre 2004, l’attente des producteurs espagnols est à la hauteur des espoirs placés dans un nouveau gouvernement particulièrement concerné par l’exception culturelle. Selon elle, tout a commencé lors de la cérémonie des Goya (les César espagnols) en janvier 2003, point de départ d’une mobilisation sans précédent du milieu du cinéma contre l’engagement de l’Espagne en Irak. Un mouvement de contestation qui s’élargira au fil des mois pour aboutir à la création d’une plate-forme pour la défense du cinéma espagnol regroupant une vingtaine d’entités professionnelles qui dénonçait la concurrence déloyale du cinéma américain et proposait une quinzaine de mesures d’urgence afin de venir en aide à la cinématographie locale.

Devant l’absence de réponse à ces revendications, souligne-t-elle, la profession a accueilli avec espoir le changement de gouvernement intervenu en mars dernier. Dès son arrivée, la nouvelle équipe gouvernementale a multiplié les déclarations en faveur de la défense de l’exception culturelle. La nouvelle ministre de la Culture, Mme. Carmen Calvo, a fait adopter par le Conseil des ministres, début juillet, un décret sur l’application d’une loi de 1999 qui contraint les chaînes de télévision à investir 5% de leur chiffre d’affaires dans la production de films européens. 60% de ce montant devront être affectés à la production nationale dans l’une des quatre langues officielles espagnoles. Selon Mme Cobo, si cette obligation a provoqué la colère des opérateurs de télévisions privées, elle a particulièrement été bien accueillie par les producteurs indépendants, notamment la FAPAE (Fédération des producteurs espagnols) : «ce décret devrait aider le cinéma espagnol à développer des projets plus ambitieux et à consolider une base industrielle pour la production cinématographique et audiovisuelle».

Cependant, si les producteurs les plus forts se font distribuer par les Américains avec des budgets de marketing considérables, les plus faibles ne résistent pas à la concurrence imposée par les studios américains sur le marché espagnol. Le manque de moyens financiers sur un marché étroit est l’un des problèmes majeurs du cinéma espagnol, aggravé par une atomisation de la production. L’insuffisance des ressources conduit le cinéma espagnol à s’internationaliser depuis quelques années et à développer la coproduction lui permettant en plus d’accéder aux programmes Eurimages et Ibermedia. Reste les aides publiques qui ont été au cœur des débats politiques ces derniers mois en Espagne. Même si le montant global de ces aides a progressé régulièrement depuis quelques années, les arriérés de paiement accumulés par le précédent gouvernement ont contribué à fragiliser l’industrie espagnole. Tandis que les professionnels demandent une remise à plat de l’ensemble des mécanismes de soutien à la cinématographie locale, une nouvelle loi sur l’audiovisuel devrait être adoptée. Si l’ensemble de la profession s’accorde à dire que le cinéma espagnol traverse aujourd’hui une période de transition, chacun attend avec espoir et impatience les premiers indices de changement, conclut Mme Cobo. (Disponible en français) [75]