Diversité culturelle

Infolettre
sur la diversité des expressions culturelles

Vol. 4, no 38, lundi 1 novembre 2004

Poursuivre la mobilisation autour de l’avant-projet de Convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle

L’étude du professeur Ivan Bernier, commandée par l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF) et intitulée : Avant-projet de convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques - Analyse et commentaire, est maintenant disponible sur notre site Web en anglais et en espagnol. M. Ivan Bernier est professeur émérite à la Faculté de droit de l’Université Laval du Québec au Canada. Il est notamment l’un des experts indépendants désignés par le Directeur général de l’UNESCO pour élaborer l’avant-projet de convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques. Afin de faciliter la lecture et la compréhension de l’étude du professeur Bernier, le lecteur voudra bien se reporter au texte de base de l’avant-projet de convention en cliquant sur le lien ci-après.

Nous tenons à exprimer nos remerciements à l’AIF qui a bien voulu autoriser la traduction de ce texte et son dépôt sur notre site Web. [78]

DANS CE NUMÉRO :

Communiqués, discours, déclarations

Publications et études

Autres actualités d'intérêt



Communiqués, discours, déclarations

Au Canada, concertation entre entités fédérées et mobilisation en faveur de la diversité culturelle : Rencontre fédérale, provinciale, territoriale

Madame Line Beauchamp, ministre de la Culture et des Communications du Québec, 29 octobre 2004 - 2004/10/29

La ministre de la Culture et des Communications, Mme Line Beauchamp, participera à la rencontre fédérale, provinciale, territoriale des ministres responsables de la Culture et du Patrimoine qui se tiendra à Halifax en Nouvelle-Écosse les 29 et 30 octobre 2004. Soulignant la convergence de vues et d'actions entre les autorités canadiennes et québécoises en matière de diversité culturelle, la ministre Beauchamp a indiqué son intention de travailler de concert avec le gouvernement fédéral afin de susciter l’intérêt des autres provinces et territoires pour le dossier de la diversité culturelle. «Je ferai part à mes collègues de l’engagement du Québec dans ce dossier et des actions qui ont été entreprises pour favoriser l’adoption à l’UNESCO d’une convention internationale sur la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques», a-t-elle affirmé, ajoutant que «le premier ministre, M. Jean Charest, a fait de ce dossier une priorité gouvernementale. Comme il le déclarait lui-même en mai 2003, le Québec sera de toutes les batailles afin de conserver son droit de promouvoir sa culture». De plus, Mme Beauchamp s’est dite heureuse de la présence des porte-parole de la Coalition pour la diversité culturelle à la rencontre d’Halifax et a rappelé le rôle important de la Coalition sur la scène nationale et internationale : «La Coalition a suscité l’adhésion des représentants de la société civile ici comme à l’étranger et elle s’est posée en partenaire efficace pour sensibiliser l’opinion publique et les autorités politiques. Grâce au dynamisme de ses représentants québécois et canadiens, près d’une vingtaine de Coalitions pour la diversité culturelle ont pris naissance ailleurs dans le monde et constituent autant de noyaux de vigilance et d’influence». (Disponible en français, anglais) [78]

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Suite des Rencontres cinématographiques de Beaune : Mobilisation et soutiens à la diversité culturelle

Communiqué final, 24 octobre 2004 - 2004/10/24

À l’issue des 14èmes Rencontres Cinématographiques de Beaune qui ont eu lieu du 21 au 24 octobre 2004, les professionnels du cinéma présents ont signé et rendu public un communiqué dans lequel ils apportent leur soutien au projet de convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle. D’abord, s’agissant de la future Constitution européenne, ils se félicitent de l'inscription du principe de diversité culturelle et linguistique au titre des objectifs fondamentaux de l'Union européenne dans le Traité révisé et de la clause de sauvegarde permettant de maintenir l'unanimité en matière d'accords commerciaux, lorsque ceux-ci risquent de porter atteinte à la diversité culturelle et linguistique de l'Union européenne. De plus, ils regrettent cependant qu'aucune avancée n'ait été faite concernant les dispositions relatives au droit de la concurrence (Aides d'État) afin de garantir la pérennité des subventions accordées par les États membres à la création cinématographique.

En ce qui concerne le projet de convention sur la diversité culturelle, les cinéastes se félicitent des travaux initiés à l'UNESCO en vue de l'élaboration et de l'adoption courant 2005 d'une Convention internationale relative à la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques. Ils soutiennent pleinement le principe de l'inscription dans le droit international d'un droit à la diversité culturelle en vue de garantir à l'échelle mondiale la protection et la promotion des politiques publiques de la culture. Ils rappellent que, pour être efficace, une telle norme doit être d'effet direct, doit se voir conférer un statut d'égalité avec les autres normes du droit international, y compris avec les accords commerciaux, et rappellent qu'elle doit être également dotée d'un mécanisme efficace de règlement des différends. Ils appellent les États membres de l'UNESCO à réviser l'article 13 du projet de Convention de telle façon qu'il soit possible à un État partie à la Convention de modifier ou d'annuler des engagements souscrits au titre d'un accord commercial international, sans compensation ou pénalité, dès lors que ces engagements auraient pour effet d'affecter les objectifs et les principes de la Convention. Ils appellent par ailleurs les États membres à donner une force juridiquement contraignante à la convention. Toutefois, ils observent que le champ d'application de la Convention doit rester circonscrit aux politiques culturelles et ne doit pas être dilué au cours des négociations par des définitions extensives de la culture. (Disponible en français) [78]

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Consensus sur l'urgence d'un traité de protection de la diversité culturelle, 23 octobre 2004

Au terme des 14èmes Rencontres Cinématographiques de Beaune, un large consensus, aussi bien du côté des politiques que des professionnels du cinéma, s'est dessiné pour souligner l'urgence de l'adoption du traité international sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques dans le cadre de l'UNESCO. Au cours du panel portant sur "La diversité culturelle en Europe et dans le monde", le ministre français de la Culture, M. Renaud Donnedieu de Vabres, a déclaré : «Nous sommes au pied du mur». Les différents participants au débat ont souligné avec inquiétude la place grandissante du cinéma américain sur les marchés nationaux et le manque de diversité de l'offre. L'objectif de la convention en préparation à l’UNESCO est d'assurer un cadre juridique au droit des États de soutenir la création et la circulation des oeuvres aux plans national et international, afin d'éviter que la mondialisation ne menace la diversité et n'appauvrisse les expressions culturelles. Aussi, M. de Vabres soutient-il : «Il faut faire en sorte que le droit du plus faible soit protégé». En effet, ce projet de convention «a d'abord déclenché les foudres des États-Unis, qui y ont vu une forme de protectionnisme déguisé avant d'accepter de participer aux travaux tout en négociant parallèlement des traités commerciaux bilatéraux incluant les biens culturels». Cependant, à l’issue de la rencontre à Beaune du ministre français de la Culture et de M. Dan Glickman, nouveau président de la très influente Motion Pictures Association of America (MPAA - organisme regroupant les grands studios américains), les deux hommes ont affirmé dans un communiqué commun «la nécessité de la diversité culturelle dans le monde».  À cet égard, Mme Anne Hidalgo, secrétaire nationale à la Culture et aux Médias du Parti socialiste français, rejoignant les propos de M. de Vabres, déclare : «Pour nous la culture n'est pas une marchandise comme les autres». Elle reconnaît cependant que «la bataille est loin d'être gagnée, loin s'en faut». Même si les principaux points d'achoppement sont le rapport de la convention avec les autres conventions internationales, mais aussi sa valeur contraignante, l'objectif est d'adopter cette convention lors de la prochaine Conférence générale de l'UNESCO en septembre 2005. (Disponible en français) [78]

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"La contrefaçon menace la création et la diversité culturelle": Paris et Washington unis contre le piratage, 24 octobre 2004

À l'issue de leur rencontre, en marge des 14èmes Rencontres cinématographiques de Beaune, le ministre français de la Culture, M. Renaud Donnedieu de Vabres et M. Dan Glickman, président de la Motion Pictures Association of America (MPAA), déclarent : «La contrefaçon menace la création et la diversité culturelle et finira par nuire également au public en appauvrissant la création. Une action urgente et coordonnée avec les professionnels concernés est donc indispensable». Ils considèrent notamment que «la propriété intellectuelle est un droit fondamental des créateurs, qui est indispensable à la création et qu'il est nécessaire de renforcer la législation pour l'adapter aux nouvelles formes de contrefaçon». Ils se sont également "réjouis du dialogue engagé en France entre les professionnels du cinéma et de l'Internet sous l'égide du gouvernement", et souhaitent qu'il "puisse déboucher rapidement sur un plan conjoint visant à développer une offre légale et payante, mettre en place des actions conjointes d'éducation au public (...) organiser des mesures partagées de prévention et de lutte contre la contrefaçon". (Disponible en français) [78]

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"La diversité culturelle ne doit pas être une excuse pour créer de nouvelles barrières"

M. Dan Glickman, président de la Motion Pictures Association of America (MPAA), le 24 octobre 2004 - 2004/10/24

Le Monde publie dans son édition du 24-25 octobre une entrevue avec M. Dan Glickman, nouveau président de la MPAA, réalisée par Nicole Vulser. Interrogé au sujet du projet de convention sur la diversité culturelle que souhaite mettre en oeuvre l'UNESCO, M. Glickman déclare : «Nous avons défendu la diversité culturelle. La culture joue un rôle unique dans tous les pays développés. C'est l'âme des pays. Nous participerons de façon positive aux discussions à l'UNESCO. Mais je ne veux pas que cela devienne une excuse pour modifier les grands accords commerciaux et créer de nouvelles barrières. Nous voulons davantage de films français aux États-Unis. C'est bon pour les Américains de voir des films réalisés dans le monde entier. Même si la part de marché des films non américains est petite, il n'y a pas de barrière pour venir aux États-Unis».

Selon la journaliste, la MPAA lutte également contre les politiques de soutien aux industries cinématographiques nationales : elle essaye de faire tomber la politique de quotas en faveur des films nationaux en Corée, elle attaque la loi sur l'audiovisuel au Maroc, elle demande l'ouverture totale du marché audiovisuel et cinématographique au Chili et en Australie. À cela, M. Glickman répond : «Il est vrai que c'est dans l'intérêt de notre pays que tous nos produits manufacturés (le cinéma, la musique...) aient un accès plein et entier à tous les marchés. Cela fait partie des processus de négociation normaux. En même temps, pour le cas de la France, nous comprenons et nous avons accepté les quotas et les aides nationales au cinéma. Le monde n'est pas absolument pur, et nous reconnaissons que certaines protections internationales seront toujours là. Notre objectif est d'atteindre un marché le plus ouvert possible».

M. Glickman soutient en outre qu’il veut faire de la lutte contre le piratage son action principale, parce que, dit-il, «dans certains pays d'Asie, où il n'y a pas de cinéma, le piratage est très fort... Nous devons continuer, avec le gouvernement français, à travailler côte à côte pour mieux faire passer ce message-là où il n'y a pas d'industrie cinématographique nationale forte. Cela peut passer par des actions d'éducation, des discussions commerciales multilatérales ou bilatérales et nécessairement par des actions juridiques contre le piratage. C'est vrai que les pays qui ont développé cette industrie sont plus concernés par cette lutte. En Chine, par exemple, plus ils produiront, plus les auteurs voudront protéger leurs oeuvres. Nous pouvons essayer de créer une coalition contre le piratage, pour dire à quel point c'est une dague dans le coeur des créateurs, des cinéastes, des écrivains et des musiciens». (Disponible en français) [78]

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Allemagne : Deuxième réunion de la coalition fédérale allemande pour la diversité culturelle sur le projet de convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle

M. Manuel Feifel, attaché aux affaires culturelles et publiques, Bureau du Québec en Allemagne, 22 octobre 2004 – 2004/10/22

Le 22 octobre dernier, la Coalition fédérale allemande pour la diversité culturelle s’est réunie à Cologne pour sa deuxième consultation sur le projet de convention de l’UNESCO sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques. Sur invitation de la Commission allemande pour l’UNESCO et avec le soutien de la chaîne de télévision publique allemande WDR, 70 représentants des milieux culturels ont débattu du projet de convention et des prochaines étapes à venir, sur la base du "Canevas de discussions" rendu public à cette occasion. D’emblée, Mme Sabine von Schorlemmer, professeur de droit international à l’Université technique de Dresde et membre du groupe d’experts indépendants ayant élaboré le projet de convention, et M. Hans-Heinrich Wrede, ambassadeur allemand auprès de l’UNESCO et président du Conseil exécutif de l’UNESCO, ont présenté les résultats de la première consultation intergouvernementale du mois de septembre à Paris. Au centre de la discussion se trouvaient la problématique des aides à la coproduction et à la diffusion (article 14), les relations de la convention avec les autres instruments (article 19) et  la question du mandat de négociation de la Commission européenne. Les analyses du projet de convention des professeurs Ivan Bernier et Hélène Ruiz-Fabri furent débattues avec intérêt, notamment en ce qui concerne le rapport UNESCO-OMC-UNCTAD-WIPO et la question des accords bilatéraux dans le domaine des média audiovisuelles.

Par la suite, sous la présidence de M. Max Fuchs, président du Conseil des Arts de l’Allemagne, les participants ont discuté des exemples concrets de promotion de la diversité culturelle aux échelles municipale, régionale, européenne et internationale. Ainsi, sous le titre "Protection - Renforcement - Promotion", Madame Christine M. Merkel, chargée de la culture, communication et information auprès de la Commission allemande pour l’UNESCO et coordinatrice de la Coalition allemande, présentait entre autres le "World Cinema Fund", une initiative du Festival International du Film de Berlin (Berlinale) et de la Fondation fédérale allemande pour la culture qui vise à promouvoir la production et la distribution de films des pays en développement et des économies émergentes. Enfin, Mme Verena Wiedemann, chef des affaires européennes de la chaîne publique allemande ARD et membre du comité directeur du Réseau international pour la diversité culturelle (RIDC), a donné un bref compte rendu de la 7e Réunion annuelle ministérielle du Réseau international sur la politique culturelle (RIPC) qui a clôturé ses travaux à Shanghai le 17 octobre 2004. D’ailleurs, la proposition d'un moratoire, tel qu’élaboré par le Comité international de liaison des coalitions pour la diversité culturelle (CIL-CDC), était reçue avec grand intérêt. La Coalition allemande tiendra sa troisième consultation le 17 janvier 2005 à Berlin. (français, anglais, allemand)[78]

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France-Mexique : "Fonder une alliance stratégique pour faire face aux défis communs" - Document final

Ministère des Affaires étrangères, Paris, 22 octobre 2004 - 2004/10/22

Les 21 et 22 octobre 2004, les gouvernements français et mexicain se sont réunis à Paris, à l'occasion de la 3e réunion de la Commission binationale, en vue d'évaluer et de donner un nouvel élan à leur relation bilatérale. Des fonctionnaires des deux pays (Affaires étrangères, Économie, Culture et Éducation), des législateurs (députés et sénateurs), ainsi que des représentants des secteurs culturel, universitaire et économique ont participé à cette réunion. À l'issue de leurs consultations, les ministères des Affaires étrangères ont décidé de renforcer la coopération franco-mexicaine sur la base d’un certain nombre d’actions : intensifier les efforts visant à donner un nouvel élan aux négociations de libéralisation commerciale menées dans le cadre de l'OMC sur la base de l'agenda du Cycle de Doha;  poursuivre la collaboration dans le cadre des négociations au sein de l'UNESCO en vue de l'adoption par la Conférence générale de cette organisation d'un projet de Convention sur la diversité culturelle, qui réponde aux préoccupations de tous les États concernés; promouvoir le partenariat stratégique régional Amérique latine et Caraïbes/Union européenne, qui fait suite au plan d'action du Sommet de Guadalajara, en matière de renforcement du multilatéralisme, de la cohésion sociale et de la coopération, pour ne citer que celles-ci. (Disponible en français) [78]

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Publications et études

Politiques culturelles et mondialisation

Anne-Marie Autissier, professeur à l'Institut d'études européennes de l'université de Paris 8, directrice de la publication de la revue Culture Europe, expert pour la Commission européenne, la Fondation européenne de la Culture, le Ministère français des Affaires étrangères, et l'AFAA, 25 mai 2004 - 2004/05/25

Dans cette étude, Mme Autissier dresse un rapide panorama des politiques culturelles européennes et évoque les stratégies culturelles nationales des grandes régions et des entités fédérées en Europe. Elle part du constat que quelle que soit l’organisation institutionnelle (en Allemagne, Belgique, France, Espagne, Royaume-Uni), tout ou partie des politiques culturelles démocratiques a fait l’objet d’une légitimation de l’intervention publique en évolution constante, et selon des phénomènes asynchrones. Selon elle, beaucoup d’États européens ont forgé leurs outils de politique culturelle dans le cadre national, sur la base d’un "construit identitaire" ou imaginaire : un territoire, une langue, une culture. Dans ce contexte, si les arts vivants, les arts visuels et l’éducation artistique sont inégalement pris en compte par les politiques nationales européennes, deux secteurs ont bénéficié d’une forte mobilisation, durant les vingt dernières années : la valorisation du patrimoine ainsi que le cinéma et l’audiovisuel. Ce sont également les secteurs les mieux soutenus à l’échelle de l’Union européenne. Sans doute, souligne-t-elle, ces deux domaines représentent-ils chacun à leur manière, les meilleurs vecteurs d’identité et de projection nationales, dans un contexte de mondialisation. Ils sont également les deux secteurs où se sont créés des emplois en Europe durant les deux dernières décennies. Ils représentent aussi les deux domaines dans lesquels les États membres de l’Union européenne parviennent sans difficulté à se mettre d’accord sur un "fonds commun" permettant une valorisation conjointe à l’échelle des programmes communautaires. Enfin, mentionne-t-elle, les soutiens national et européen au cinéma et à l’audiovisuel ont été jugés, dès la fin des années 1980, urgents face au déséquilibre des échanges entre les États-Unis et la France (toujours 70% de part de marché pour le cinéma américain en Europe, à l’exception de la France). Le plus frappant est sans doute que le patrimoine tout comme les industries culturelles cinématographiques et audiovisuelles ont dessiné des modèles dominants d’approche et de référence.

Elle déplore que la culture en Europe figure au rang des exceptions dans la mesure où le projet économique apparaît comme l’axe le plus tangible de la dynamique de l’Union européenne. À cet égard, soutient-elle, l’Union européenne étant le premier exportateur mondial de services, nul doute que les pressions libre-échangistes liées aux discussions pour s’assurer l’ouverture des autres marchés, ont parfois conduit la Commission européenne à ménager ses concurrents et partenaires - en particulier les États-Unis. C’est ainsi qu’après des années "d’exclusion", le cinéma et l’audiovisuel sont rentrés en 1986 dans le cadre du GATT, générant des disputes qui ont conduit à l’adoption en 1993, par les États membres, d’un mandat très précis de la Commission européenne dans les négociations commerciales multilatérales (article 133 TCE, "Politique commerciale"), visant à laisser le cinéma et l’audiovisuel hors des engagements de "libéralisation" des pays de l’Union. Ce que certains appellent l’exception culturelle. Cet engagement a été renouvelé lors des négociations ultérieures de l’OMC. Le futur Traité constitutionnel cite "la diversité culturelle et linguistique" au nombre des objectifs de l’Union européenne et l’article 133 est désormais régi par la majorité qualifiée, sauf lorsque la diversité culturelle ou audiovisuelle est menacée. L’article 151 devrait également dépendre d’un vote à la majorité qualifiée et non plus à l’unanimité. Il reste que la culture figure au nombre des "domaines d’action d’appui, de coordination ou de complément", au même titre que l’industrie, la protection et l’amélioration de la santé humaine, l’éducation, la formation professionnelle, la jeunesse et le sport ainsi que la protection civile.

Cependant, dans le contexte mondial actuel, les États membres de l’Union européenne se trouvent face à de redoutables défis : conjuguer leur héritage avec des dispositifs ouverts aux flux culturels et à leur circulation; devenir des balises pour des activités transnationales et diasporiques qui s’attardent un temps ou pour toujours sur leurs territoires; assumer le caractère pluriculturel de leurs nations, tout en renforçant ce qui fait le meilleur des politiques culturelles européennes là où elles existent. Ainsi, souligne-t-elle, contrairement à ce que les États tendent eux-mêmes à accréditer, leur rôle n’est ni caduc ni subsidiaire dans ce domaine. D’où l’intérêt pour l’Union européenne de mettre sur pied une stratégie de partenariats au moyen de la création d’un Observatoire européen de la coopération culturelle européenne, apte à repérer des dysfonctionnements et les meilleurs exemples, et d’ouvrir des chantiers dans divers domaine, si l’on veut construire à l’échelle européenne un cadre juridique propre à soutenir la diversité culturelle. Selon Mme Autissier, tant la coopération bilatérale que la coopération multilatérale entre États européens et États du monde peuvent générer des alliances fortes et inédites, à l’instar du Réseau international pour la Politique culturelle (RIPC) qui réunit une grande diversité de pays. Pour ce faire, la Convention en préparation au sein de l’UNESCO doit conduire à doter la diversité culturelle tant d’un contenu que d’un référent juridique clair.
Face à la diversité mondiale, les États européens doivent se départir de leurs habitudes diplomatiques pour déléguer à des individus, des associations, des réseaux culturels, la possibilité d’agir de manière indépendante sous leur bannière. La notion même de diversité culturelle doit s’entendre comme la base d’un partage sans cesse accru des talents, des œuvres et des connaissances des divers continents. Dans cette perspective, les frontières politiques de l’Europe ne coïncident pas et n’ont jamais coïncidé avec ses frontières artistiques et sa capacité tant d’emprunt à toutes les cultures que d’influence sur celles-ci, ne date pas d’hier. Cette Europe culturelle qui "n’a jamais tenu en place" doit se déployer dans le dialogue avec le monde, à l’extérieur de ses frontières et en son sein. Les États européens doivent se départir enfin d’une diplomatie doublée d’une arrière-pensée d’influence pour se mettre à l’écoute des professionnels et artistes des autres mondes. (Disponible en français) [78]

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Autres actualités d'intérêt

Colloque sur la diversité culturelle au Festival du Monde Arabe - 4 novembre 2004

Dans le cadre de la Cinquième édition du Festival du Monde Arabe, qui se tient à Montréal du 29 octobre au 14 novembre 2004, est organisé, le 4 novembre à l’Université Concordia, un colloque portant sur le dossier de la Convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques tel que discuté actuellement à l’UNESCO. C’est essentiellement sous l’angle d’une réflexion sur les enjeux de la diversité dans le monde et dans les cultures arabes, ainsi que de celui de l’échange des expériences québécoise, canadienne, francophone et arabe que se placeront les trois axes du colloque discutés au cours de trois ateliers regroupant successivement l’ensemble des conférenciers et participants : La diversité des expressions culturelles : état des lieux au Québec; L’épanouissement des cultures arabes face à l’hégémonie : y a-t-il d’autres voies que le repli identitaire? Regards des spécialistes du Monde arabe; Diversité des expressions culturelles et mondialisation : divergences et convergences entre les expériences arabe, québécoise et canadienne.

Le colloque est réalisé en partenariat avec les universités Concordia et UQAM, et en collaboration avec les ministères de la Culture et des Communications, et des Relations Internationales du Québec. Parmi les personnalités internationales qui seront présentes : Mme Aziza Bennani, ambassadrice et déléguée permanente du Maroc auprès de l’UNESCO, M. Robert Solé, écrivain, journaliste franco-égyptien et collaborateur au journal Le Monde, M. Rachid Boudjedra, écrivain algérien, M. François Zabbal, Institut du Monde arabe et rédacteur en chef de Qantara. Parmi les personnalités québécoises : M. Pierre Curzi, coprésident de la Coalition pour la diversité culturelle, Mme Arianne Émond, directrice générale de Culture Montréal, M. Ivan Bernier, professeur émérite à la Faculté de droit de l’Université Laval, membre du Comité d’experts indépendants de l’UNESCO, M. André Dorval, directeur général des affaires internationales et de la diversité culturelle au ministère de la Culture et des Communications, coordonnateur gouvernemental de la diversité culturelle, M. Alain Brunet, journal La Presse, M. Naïm Kattan, écrivain et professeur associé à l’UQAM, Rachad Antonius, professeur à l’UQAM et spécialiste du Monde arabe, M. Joseph Nakhlé, directeur général et artistique du Festival du Monde arabe. La ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mme Line Beauchamp, interviendra en clôture du colloque. [78]

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Congrès sur la diversité culturelle en Espagne, 4-5 novembre 2004

S’ouvre à Madrid les 4 et 5 novembre prochains un Congrès sur la diversité culturelle en Espagne. Organisé par le ministère de la Culture d’Espagne et le gouvernement de la province d’Aragon, le Congrès, qui se décline en plusieurs ateliers, abordera les thèmes suivants: La place des industries culturelles dans la convention sur la diversité culturelle; Diversité culturelle comme symbole du monde que nous voulons; Diversité, culture et création; Géographie de la diversité culturelle; Communication et diversité culturelle; Avant-projet de convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques. Le président du gouvernement d'Aragon, M. D. Marcelino Iglesias, et la ministre espagnole de la Culture, Mme Carmen Calvo, inaugureront la rencontre. Parmi les intervenants, on retrouvera également le Secrétaire général de l’Organisation des États ibéroaméricains, M. Francisco José Piñón, des représentants de la Coalition espagnole pour la diversité culturelle (coalition en formation) et de la Coalition canadienne, M. Robert Pilon. (Disponible en espagnol) [78]

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