Diversité culturelle

Infolettre
sur la diversité des expressions culturelles

Vol. 4, no 21, lundi 31 mai 2004

Les exigences de contenu local en tant qu’outils de défense de la diversité culturelle: justifications et avenir

La seconde partie du texte de notre chronique mensuelle sur la diversité culturelle est déjà disponible sur notre site Web. Dans cette étude, le professeur Ivan Bernier analyse Les exigences de contenu local en tant qu’outils de défense de la diversité culturelle: justifications et avenir, tandis que la première partie était consacrée à la théorie et la réalité des exigences de contenu local au cinéma, à la radio et à la télévision, en tant que moyen de défense de la diversité culturelle. Pour consulter les versions française, anglaise et espagnole 

DANS CE NUMÉRO :

Communiqués, discours, déclarations

Publications et études

Autres actualités d'intérêt



Communiqués, discours, déclarations

Les États-Unis, le Québec et la diversité culturelle : une opportunité de collaboration

Mme Monique Gagnon-Tremblay, vice-première ministre, ministre des Relations internationales du Québec et ministre responsable de la Francophonie, le 26 mai 2004 - 2004/05/26

Mme Monique Gagnon-Tremblay dresse un bilan positif de la mission qu’elle a effectuée du 17 au 20 mai 2004 à New York et à Washington, aux États-Unis. Au cours de cette mission, axée principalement sur la sécurité, Mme Gagnon-Tremblay a également présenté les orientations du gouvernement du Québec sur la diversité culturelle, lors d'une réunion au Département d'État américain. Il y a été convenu que les experts québécois et américains échangeraient leurs points de vue pour mieux évaluer la portée des positions officielles respectives dans ce dossier. Mme Gagnon-Tremblay a aussi discuté de cette question à New York avec le représentant permanent de l'Organisation internationale de la Francophonie auprès de l'ONU, M. Rachid Bouabid, ainsi qu'avec le secrétaire général adjoint de l'Organisation des États américains à Washington, l'ambassadeur Luigi R. Einaudi. [61] (Disponible en français seulement)

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La défense de la diversité culturelle, une autre dimension de la sécurité continentale: "Le Québec à l'heure des nouvelles réalités nord-américaines"

Mme Monique Gagnon-Tremblay, vice-première ministre, ministre des Relations internationales du Québec et ministre responsable de la Francophonie, le 20 mai 2004 - 2004/05/20

Dans cette allocution prononcée au Club Tocqueville Washington, D.C., Mme Monique Gagnon-Tremblay situe les deux objectifs de sa mission aux États-Unis : «réitérer à mes hôtes notre ferme volonté de concourir à la sécurité continentale», et m’entretenir également «d’une autre dimension de la sécurité que mes concitoyens tiennent tout particulièrement à cœur, celle de leur culture». Mme Gagnon-Tremblay souligne que la situation du Québec sur le continent américain comporte une obligation de bon voisinage et implique aussi une lourde responsabilité: "préserver notre identité francophone". Elle soutient notamment que la fierté que tire le Québec de sa langue et de sa culture lui commande de travailler activement à la protection de la diversité culturelle. Aussi déclare-t-elle : «Nous souhaitons que la culture soit exclue des accords de libéralisation commerciale. Notre gouvernement soutient l'élaboration, en cours à l'UNESCO, d'une convention visant à préserver la diversité culturelle des peuples. Les États-Unis ont réintégré cette organisation internationale l'an dernier et c'est une bonne nouvelle. Les Québécois sont sans doute bien placés pour entreprendre un dialogue sur cette question avec leurs voisins du sud. Ils peuvent solliciter leur ouverture sur cette question. Ils peuvent soutenir de façon crédible que la protection de la diversité culturelle ne correspond pas à une éruption d'antiaméricanisme mais bien à la sauvegarde des cultures et de leurs modes d'expression. En un mot, il s'agit simplement de consacrer un droit d'exister et non une nuisance supplémentaire à la liberté de commerce». À cet égard, Mme Gagnon-Tremblay souligne notamment que le Québec entend "demeurer un joueur actif et intéressé dans l'univers francophone", et "compte sur sa place privilégiée en Amérique du Nord pour y assurer le rayonnement de notre langue et de notre culture". Pour ce faire, elle rencontrera les ambassadeurs représentant divers pays de la Francophonie à Washington afin de discuter «des moyens à mettre en œuvre, à court terme, pour défendre et illustrer notre position commune sur la diversité culturelle. Je compte sur leur présence ici pour épauler nos efforts», déclare-t-elle. [61] (Disponible en français seulement)

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La diversité culturelle à l’ordre du jour du Conseil des ministres de la Culture de l’Europe : "Il ne faut pas opposer la concurrence, c’est-à-dire le marché, et la diversité culturelle"

M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication de France, Bruxelles, le 27 mai 2004 - 2004/05/27

Le premier Conseil des ministres de la Culture du Conseil de l'Union européenne, depuis l'élargissement du 1er mai 2004, a tenu, le 27 mai 2004 sa 2585e session. Les vingt-cinq ministres de la Culture ont notamment discuté de la promotion de la diversité culturelle et linguistique via la littérature et évoqué les mesures proposées par la Présidence irlandaise en faveur de la traduction et de la circulation des œuvres littéraires. Ils ont également examiné une communication de la Commission européenne intitulée: "La citoyenneté en action: favoriser la culture et la diversité européennes par les programmes en matière de jeunesse, de culture, d’audiovisuel et de participation civique". La ministre luxembourgeoise de la Culture, Mme Erna Hennicot-Schoepges, s'est déclarée en faveur du maintien d'un programme indépendant et spécifique pour la culture. Le ministre français de la Culture, M. de Vabres, quant à lui, a affirmé la proposition française d’un plan d’action européen pour combattre le piratage des œuvres et du droit d’auteur, en développant notamment les efforts de pédagogie. Il a également souligné qu’une ouverture accrue de la publicité dans le secteur du livre et une ouverture même partielle dans le cinéma favoriseraient exclusivement de grands groupes dominants, notamment américains. «Ceci serait contraire à la diversité culturelle mais aussi au libre jeu de la concurrence: il ne faut pas opposer la concurrence, c’est-à-dire le marché, et la diversité culturelle. Au contraire, préserver la concurrence est nécessaire à la richesse de l’offre culturelle. Il faut donc fixer des règles pour le fonctionnement de la concurrence qui soient adaptés au secteur culturel», a-t-il déclaré. À cet égard, il a notamment défendu l’application du principe de diversité culturelle à la directive européenne sur les services. Au-delà de ces dossiers d’actualité, M. de Vabres a souhaité contribuer au lancement d’une réflexion sur une stratégie européenne pour la diversité culturelle et les échanges. Selon lui, «Toute stratégie doit être de promouvoir la diversité culturelle». Il soutient notamment face à ses homologues que «Seule l’Europe peut nous donner les moyens de défendre nos cultures et nos langues face à une mondialisation mal maîtrisée, de faire en sorte que cette mondialisation respecte la diversité des cultures et que le dialogue entre les cultures exerce une influence pacifique sur le monde. Pour ce faire, dit-il, l’Europe a besoin d’une politique culturelle ambitieuse, dont les grandes lignes sont contenues dans le Mémorandum sur la coopération culturelle européenne que la France a fait parvenir à l’Union européenne. [61] (Disponible en français)

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La diversité culturelle dans l’Agenda 21 de la culture : "Un engagement des villes et des gouvernements locaux en faveur du développement culturel"

Forum des autorités locales (FAL), Barcelone, le 18 mai 2004 - 2004/05/18

Les représentants de plus de 300 villes de 44 pays, réunis à Barcelone, les 7 et 8 mai 2004, pour le quatrième Forum des autorités locales (FAL) ont adopté une charte pour la culture, qu’ils souhaitent voir s’étendre à l’ensemble des gouvernements locaux et reprises par les instances internationales. Cette charte prévoit la reconnaissance de la diversité culturelle et le rejet de sa soumission aux lois du marché. Rappelons que le Forum des autorités locales (FAL) pour l’inclusion sociale de Porto Alegre est un forum de maires qui vise à faire des gouvernements locaux des agents pouvant construire et développer, en collaboration avec la société civile, des alternatives de gestion publique dans le contexte de la mondialisation. Le quatrième FAL est soutenu par l’UNESCO et porte sur les liens entre la culture et l’inclusion sociale. Il s’inscrit dans la suite des rencontres de Porto Alegre et des forums sociaux européens et mondiaux, et dans le cadre de l’ouverture du Forum international des cultures qui se tient à Barcelone jusqu’au 26 septembre 2004.

La Charte de la culture adoptée par le FAL énonce en premier lieu des principes, puis des engagements, enfin des recommandations qui s’adressent particulièrement aux institutions politiques et institutionnelles, au plan local comme mondial. Ainsi, le premier principe qui s’appuie sur la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle affirme que : "La diversité culturelle est le principal patrimoine de l’humanité" et cette diversité culturelle contribue à "une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle plus satisfaisante pour tous". Elle constitue "l’un des éléments essentiels de transformation de la réalité urbaine et sociale". D’autres principes énoncés affirment la liberté des groupes et des individus, la nécessaire multiplicité des acteurs sociaux et la nécessité de la paix, le rôle essentiel du développement culturel dans le développement des villes, et évoquent clairement les questions du marché, sous la forme suivante: "Les politiques culturelles doivent trouver un point d’équilibre entre les intérêts publics et privés, entre la vocation publique de la culture et son institutionnalisation. Une institutionnalisation démesurée ou une prédominance excessive du marché comme unique décideur de l’attribution des ressources culturelles comporte des risques et constitue un obstacle majeur au développement dynamique de systèmes culturels ". Il est nettement repris les dispositions de l’article 8 de ladite Déclaration universelle qui énonce que les biens et services culturels, "pour être porteurs d’identité et de sens, ne doivent pas être considérés comme des marchandises ou des biens de consommation comme les autres".

Les recommandations invitent en premier lieu les gouvernements locaux à soumettre ce document à l’approbation des assemblées et à en débattre largement dans la société; invitent aussi les gouvernements des États à consacrer un minimum de 1 % des budgets nationaux à la culture et à "éviter la conclusion d’accords commerciaux qui mettraient le libre développement de la culture et l’échange de biens et services culturels sur le même plan"; et, enfin, invitent l’ensemble des organisations nationales et internationales, les assises et les programmes des Nations unies à valider ce document et à le mettre en œuvre avec une mention particulière pour l’OMC et la marchandisation des biens et services. [61] (Disponible en français, anglais espagnol)

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Publications et études

"OÙ VONT LES VALEURS ?": Une éthique du futur

M. Jérôme Bindé (sous la direction de), Paris, Unesco/Albin Michel, 510 p. 28 avril 2004 – 2004/04/28

À l’occasion de la sortie du collectif Où sont les valeurs, l’UNESCO a convié MM. Paul Ricoeur, Hélé Béji, Axel Kahn et Gianni Vattimo aux Entretiens du XXIe siècle. Cette session était inaugurée par M. Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO, et animée par M. Jérôme Bindé, organisateur des Entretiens, Sous-Directeur général adjoint pour les sciences sociales et humaines et Directeur de la Division de la prospective, de la philosophie et des sciences humaines à l'UNESCO. Cet ouvrage ouvre le débat sur les questions suivantes : Comment la question centrale de l'éducation, dans un monde fluctuant, flexible, où dominent les valeurs de consommation et où les échanges sont éphémères, peut-elle trouver sa place? Au XXIe siècle, va-t-on assister à la création de nouvelles valeurs ? Quel impact auront la mondialisation et les technosciences sur les valeurs et la diversité culturelle? La planète, l'espèce humaine et la Cité se savent désormais mortelles : devant tous ces défis, quelles réponses apporter, quelles valeurs proposer? Pour y répondre, M. Bindé convoque cinquante-six personnalités du monde des idées et de la science (juristes, anthropologues, astrophysiciens, historiens, sociologues, biologistes, écrivains, psychanalystes, philosophes), parmi lesquels M. Arkoun, J. Baudrillard, J. Delors, J. Derrida, N. Gordimer, Cl. Hagège, A. Kahn, J. Kristeva, L. Montagnier, Ed. Morin, P. Ricoeur, J. Rifkin, M. Serres, P. Sloterdijk, J. Testart, G. Vattimo.

C’est ainsi, par exemple, que l’économiste américain, Jeremy Rifkin, auteur de La Fin du travail, expose les conséquences de la révolution économique à travers sa contribution : "L'âge de l'accès: enjeux et perspectives des réseaux", en nous invitant à «un changement radical de notre conception de la propriété: un réseau et non plus un marché». Selon lui, nous achetons des accès – à l'information, aux services, aux biens – et non plus des objets. Analysant les conséquences, bonnes et mauvaises, de cet état de fait, il soutient que la principale menace est, selon lui, la marchandisation de la culture, au secours de laquelle il appelle la société civile, espérant que l'Europe saura sauvegarder la diversité culturelle, «aussi importante que la biodiversité». À cet égard, il est notamment convaincu que c’est la culture qui sauve les sociétés. M. Michel Serres est tout aussi convaincu de l'importance des échanges culturels, tandis que Jean Baudrillard insiste sur le fait que "Le mondial – techniques, marché, violence – n'est pas l'universel, qui est liberté et culture"

Dans un texte paru dans l’édition du Le Figaro du 27 mai, le Directeur général de l’UNESCO, M. Matsuura, déclare qu’il est légitime que l'UNESCO, organisation qui œuvre à enraciner les valeurs de paix dans l'esprit des hommes, pose cette question à l'heure où le monde semble traverser une crise des valeurs sans précédent. Il souligne en effet que l’un des effets les plus marquants de la mondialisation est de révéler l'extraordinaire pluralité des valeurs et des cultures : «À l'heure où les images et les discours des uns comme des autres circulent sur les écrans du monde, où l'interdépendance des pays et des problèmes s'accroît, quelle région, quelle communauté pourrait prétendre à l'indifférence et à l'impassibilité face à toute remise en question des valeurs, quel que soit le lieu où elle se joue? Toutes les cultures sont égales en dignité. En chacune d'elles, c'est une image concrète de la totalité humaine qui se trouve réalisée. Toutes les cultures doivent donc être respectées, ce qui ne signifie en aucun cas qu'au nom de la diversité culturelle, tous les actes soient permis ni tous les crimes justifiés». Il soutient également «que les valeurs évoluent, qu'elles peuvent être élaborées en commun et faire l'objet de débats et de contrats entre acteurs parfois très différents. Et c'est bien là la diversité créatrice des cultures humaines, et le sens de leur appartenance commune à une humanité unique. Le défi d'aujourd'hui est qu'une grande part du travail éthique soit faite à l'échelle d'une communauté mondiale, et que cette nouvelle orientation éthique soit fondée sur l'idée de dialogue des cultures. Un tel dialogue reposerait sur l'idée que les cultures doivent être respectées, mais que les valeurs peuvent être évaluées ensemble». Pour ce faire, déclare-t-il, «Nous devons également veiller à éviter les deux périls que sont l'érosion de la diversité culturelle et la croissance des inégalités». Il souligne notamment qu’à l'heure de la mondialisation et de l'essor des nouvelles technologies, le nouveau défi sera donc de préserver la diversité culturelle. En ce sens, «la vocation de l'UNESCO est de susciter et d'accueillir de tels débats où il est possible de redéfinir et d'anticiper les valeurs de demain. C'est dans cet esprit que nous avons posé la question "Où vont les valeurs ?"». [61] (Disponible en français)

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Colloque sur la piraterie audiovisuelle - Rencontre avec les studios américains et internationaux : "France et USA main dans la main dans la lutte contre la piraterie"

La Lettre du gouvernement – la lutte contre la piraterie dans les industries culturelles, no 163, 27 mai 2004 – 2004/05/27

Les États-Unis ont demandé à la France, dans le cadre du Festival de Cannes, d’être le fer de lance de la lutte contre le piratage des œuvres culturelles, à l’issue d’une table ronde qui réunissait pour la première fois tous les secteurs concernés, dont les représentants des grands studios d’Hollywood, des réalisateurs, des opérateurs de télécommunications et des producteurs. M. Jack Valenti, président de l’Association du cinéma américain (MPAA), a déclaré que «Le problème du piratage touche tous les pays et toutes les cultures. Personne ne peut lutter seul». Ayant assuré que l’industrie américaine du cinéma «soutiendrait, coopèrerait et participerait énergiquement aux efforts faits pour s’attaquer au sujet», M. Valenti, à l’issue d’une réunion à huis clos de professionnels, a notamment déclaré que «C’est sans hésitation que je demande au ministre français de la Culture de prendre la tête (de la lutte) et nous serons avec lui». En réplique, M. Donnedieu de Vabres a déclaré que «les Américains et les Français présents (à la réunion) étaient à l’unisson. C’est un point positif». Pour M. de Vabres, la lutte contre la piraterie «n’est pas seulement un enjeu économique, même si les conséquences sur le chômage sont énormes. C’est un enjeu noble, car il vise à défendre la diversité et le pluralisme. Et ces valeurs sont partagées par de plus en plus de partenaires». Ce faisant, M. de Vabres a considéré avec M. Quentin Tarantino, le réalisateur de Reservoir Dogs et Kill Bill, que ce combat impliquait l'alliance des politiques et des artistes : «Parce vous êtes un artiste reconnu dans le monde entier, nous avons besoin de vous pour nous battre ensemble pour la liberté de la création et le respect des artistes dans le monde», a déclaré le ministre de la Culture et de la Communication à Cannes. Le réalisateur a répondu : «Les combats que ce pays (la France) mène sont souvent justes et je les partage. Celui qui vient d'être engagé contre la piraterie aura mon soutien car il est nécessaire de défendre les œuvres». Aussi, a-t-il assuré le gouvernement français de son plein appui et de son intention de participer à toute initiative publique sur le sujet. Face à ce fléau «qui prive les créateurs de la rémunération à laquelle ils ont droit, qui menace l’emploi dans les industries culturelles et risque d’appauvrir la diversité culturelle», le gouvernement français propose un plan d’action misant sur l’évolution des mentalités et mettant l’accent sur la sensibilisation du public et sur la prévention. [61] (Disponible en français)

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Le libre-échange au 3e sommet Union européenne (UE) - Amérique latine et Caraïbes (ALC)

Latin Reporters, Mexico / Bruxelles, le 26 mai 2004 - 2004/05/26

Cinquante-huit chefs d'État et de gouvernement représentant les pays de l'UE et les 33 pays ALC se sont réunis les 28 et 29 mai 2004 à Guadalajara, au Mexique, pour discuter de libre-échange : «L'ambition "d'association stratégique birégionale" qui sous-tend depuis 1999 la dynamique de ces sommets est aussi politique, sociale et culturelle», souligne Latin Reporters, qui nous apprend par ailleurs qu’après l'échec de la 5e Conférence ministérielle de l'OMC et l'incertitude qui plane sur le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA) promu par les États-Unis, tant Bruxelles que Washington relancent en Amérique latine la négociation d'accords de libre-échange bilatéraux ou sous-régionaux.

Le commissaire européen au Commerce, M. Pascal Lamy, estime que le sommet de Guadalajara devrait enfin mettre sur les rails, même à défaut de quelques ajustements techniques, l'accord d'association que l'UE négocie depuis 1999 avec le MERCOSUR, marché commun sud-américain formé par le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay. À cet égard, le sommet pourrait prendre l'engagement de conclure la négociation UE-MERCOSUR en octobre. La clef du succès serait un équilibre entre la diminution du protectionnisme agricole européen et une plus grande ouverture du MERCOSUR aux produits industriels, aux services et à certains investissements européens. L'UE a déjà signé en 2000 un accord d'association avec le Mexique et un autre avec le Chili en 2002. Les Européens devraient par ailleurs confirmer à la Communauté andine des nations (qui comprend le Venezuela, la Colombie, l’Équateur, le Pérou et la Bolivie) et aux pays d'Amérique centrale que le renforcement de leur propre intégration régionale favoriserait l'ouverture de la négociation d'un accord d'association avec l'UE. L'UE négocie par ailleurs depuis avril dernier un "accord de collaboration économique" avec 15 pays des Caraïbes. À cet égard, elle est le second partenaire commercial, après les États-Unis, des pays d'Amérique latine et des Caraïbes, mais le premier du MERCOSUR et du Chili. La création éventuelle, à l'horizon 2010, d'une zone de libre-échange UE-Amérique latine est une hypothèse de travail plausible, compte tenu qu'à cette date l'ouverture commerciale sera totale avec le Chili et le Mexique et très avancée avec le MERCOSUR, affirme-t-on.

Quant aux États-Unis, ils ont conclu des accords de libre-échange en 1994 avec le Canada et le Mexique, en 2003 avec le Chili et ils négociaient cette année avec cinq pays d'Amérique centrale et la République Dominicaine un autre accord auquel se ralliera probablement le Panama. Washington devrait aussi ouvrir, avant l'été, la négociation d'accords de libre-échange avec la Colombie, le Pérou et l'Équateur. La Bolivie se joindrait plus tard à ce mouvement. Le représentant américain au Commerce, M. Robert Zoellick, estime que dès 2005 les États-Unis pratiqueront le libre commerce avec les deux tiers des économies du continent américain. Washington espère ainsi contourner partiellement les réticences du Brésil, de l'Argentine et du Venezuela à l'égard de la création d'une Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA). Politiquement, la majorité des pays latino-américains misent sur un rapprochement avec l'Europe pour limiter l'hégémonie américaine. [61] (Disponible en français)

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Autres actualités d'intérêt

"Libre-échange-Amérique latine – ZLÉA : Les États-Unis vont multiplier les traités bilatéraux"

Réseau international pour la diversité culturelle (RIDC), Bulletin  no 5, Vol. 5, Mai 2004 - 2004/05

Dans son édition de mai, le Bulletin du RIDC, sous la plume de M. Garry Neil, Coordonnateur au RIDC, titre : "Les pays d’Amérique centrale perdent la bataille contre les États-Unis lors de négociations commerciales". Ce titre fait écho à un récent reportage de Latin Reporters intitulé "L'Amérique latine face aux Etats-Unis". En effet, note M. Neil, avec l’échec de la rencontre ministérielle de l’OMC à Cancun, au Mexique, les États-Unis ont adopté une tactique beaucoup plus agressive: des négociations commerciales bilatérales. Ainsi, des accords avec le Chili, Singapour, le Maroc et l’Australie ont réduit les pouvoirs et les droits de ces pays à implanter des politiques culturelles, des mesures et des règles qui visent à promouvoir la production locale des artistes et des producteurs culturels, et dans certains cas, de façon considérable. Dans la plupart de ces accords, soutient M. Neil, les négociateurs américains ont cadenassé l’avenir par la mise en place d’interdictions et de limites qui réglementeront les produits numériques, incluant le film, la musique, les programmes de télévision, les livres et les revues produits ou transmis numériquement. Mais, souligne-t-il, le plus insidieux de ces accords est le dernier signé avec l’Amérique centrale. En décembre 2003, des ententes ont été conclues entre les États-Unis et El Salvador, le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua. En janvier 2004, le Costa Rica s’est joint au club CAFTA (Central American Free Trade Agreement/Accord de libre-échange avec l’Amérique centrale-(ALÉAC)) suivi par la République Dominicaine en avril 2004. Selon lui, L’ALÉAC rendra la tâche très difficile aux pays de l’Amérique centrale qui ne pourront plus maintenir leurs outils de politique culturelle, ne pourront plus renforcer ces outils et ne pourront plus ajouter de nouvelles règles y inclus celles touchant aux nouvelles manières de produire et de distribuer les expressions créatrices. L’ALÉAC est un accord du type "haut vers le bas" (Top down) ce qui signifie qu’il s’applique à toutes les sphères des relations économiques entre ces pays. Il porte sur l’investissement, les services, les droits de la propriété intellectuelle et le commerce électronique. Il n’y a pas d’exception culturelle. Par conséquent, le secteur culturel et des industries culturelles est entièrement couvert par cet accord au même titre que le sont tous les autres secteurs de l’économie. Pour ce faire, M. Neil met en garde les gouvernements : «Si votre pays conclut ce même genre d’entente, il lui sera impossible de réglementer ou de contrôler le flux des films étrangers, des programmes de télévision, des livres et de la musique qui inondera votre marché. Vous condamnez irrémédiablement vos artistes à devenir des marginaux dans leur propre pays».

Dans la même perspective, Latin Reporters rapporte que le représentant des États-Unis pour le Commerce, M. Robert Zoellick, a annoncé l'ouverture de négociations de traités bilatéraux de libre-échange avec la Colombie, le Pérou, l'Équateur et la Bolivie. Il a souligné les progrès de négociations similaires avec d'autres pays d'Amérique latine. La stratégie bilatérale de Washington déjoue les réticences, surtout brésiliennes, à l'égard de la ZLÉA, dont le lancement est prévu pour 2005. "Ces accords (bilatéraux) pourraient stimuler la ZLEA", reconnaît M. Zoellick qui veut ouvrir des négociations avec les pays andins qui bénéficient déjà, dans leurs relations commerciales avec les États-Unis, de l'Accord de préférences douanières andines (ATP), à savoir la Colombie, le Pérou, l'Équateur et la Bolivie. Parmi les pays de la Communauté andine des nations (CAN), seul le Venezuela en est exclu. Ainsi, les négociations, "à deux vitesses", s'ouvriront au deuxième trimestre 2004 avec la Colombie et le Pérou, précise M. Zoellick, l'Équateur et la Bolivie s'y incorporeront plus tard. [61] (Disponible en français)

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26 June - 4 July 2004 : First World Cultural Forum

Des représentants de gouvernements, de l'économie et d'organisations non-gouvernementales du monde entier se retrouvent du 26 juin au 4 juillet 2004, à São Paulo, au Brésil, pour discuter de politiques culturelles, de l'équilibre à trouver entre mondialisation et diversité culturelle et pour promouvoir un soutien accru à l'art et à la culture comme moteurs d'un monde plus juste et plus pacifique. Ce Forum est centré sur six thèmes généraux et interdisciplinaires : Culture et développement social ; Identité et autonomie ; Connaissance, éducation et solidarité ; Diversité culturelle et bio-diversité ; Culture et économie ; Administration de la culture. "Le rôle des arts et de la culture dans la société" sera la trame des discussions à l’ouverture du Forum, tandis que le débat sur "l’avenir du Forum mondial de la culture" clôturera les travaux.

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