Diversité culturelle

Infolettre
sur la diversité des expressions culturelles

Vol. 5, no 34, lundi 14 novembre 2005

L’UNESCO adopte la Convention sur la diversité des expressions culturelles lors de la session plénière de sa 33e Conférence générale

Discours de la Ministre Mme Line Beauchamp à l'Unesco octobre 2005
Line Beauchamp, Ministre de la Culture et des Communications
Liza Frulla, Ministre du Patrimoine canadien, à la 33e Conférence générale de l'UNESCO

DANS CE NUMÉRO :

Communiqués, discours, déclarations

À l'agenda



Communiqués, discours, déclarations

Créer comme personne d'autre ! La diversité culturelle, une richesse pour le monde

Jean Charest, Premier ministre du Québec, le 10 novembre 2005 – 2005/11/10

"Le Québec est le premier État au monde à approuver la Convention de l'UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles". C'est en ces mots que le Premier ministre du Québec, M. Jean Charest, a salué le vote unanime des membres de l'Assemblée nationale, le 10 novembre dernier, de la motion déposée par le gouvernement proposant que l’Assemblée nationale approuve la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée à la 33 e session de la Conférence générale de l'UNESCO, le 20 octobre dernier.

En effet, comme le souligne le Courrier parlementaire dans son édition du 11 novembre, l'Assemblée nationale du Québec est devenue probablement le premier parlement au monde à étudier, débattre et ratifier à l’unanimité (par un vote de 106 pour, 0 contre et 0 abstention) la Convention internationale de l'UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Le Québec ayant joué un rôle d'avant plan tout au long du processus d'adoption à l’UNESCO, ce geste du Parlement québécois a plus qu'une valeur symbolique. C’est pourquoi, à cette occasion, le Premier ministre Charest a déclaré : « Avec l'approbation de cette Convention par l'Assemblée nationale, une page importante de notre histoire culturelle et diplomatique est tournée aujourd'hui. Si le Québec s'est posé comme un précurseur en matière de défense du caractère spécifique de la culture dans les négociations commerciales internationales, aujourd'hui il devient le premier gouvernement au monde à approuver la Convention. Je suis fier de ce vote unanime qui met en relief l'attachement des Québécois et des Québécoises à nos créateurs ».

Déjà à Paris où l'adoption de la convention à la 33 e Conférence générale de l’UNESCO semblait acquise, la ministre de la Culture et des Communications, Mme Line Beauchamp, déclarait à la presse le 14 octobre dernier: « Il faut commencer le travail diplomatique sur le processus de ratification, il faut faire un travail de mobilisation (…). Le Québec souhaite être parmi les premiers États à approuver cette Convention et c'est l'Assemblée nationale qui sera le lieu privilégié pour la tenue d'un événement solennel et historique en novembre». Ce qui signifie que cette approbation intervient moins d’un mois à peine. Aussi, la ministre Beauchamp souligne-t-elle ce geste de l’Assemblée nationale du Québec, tout en relevant que « Les prochaines étapes seront cruciales. Il faut encore voir à la ratification de la Convention par le plus grand nombre de pays membres de l'UNESCO et à sa mise en œuvre, un travail de longue haleine auquel le Québec continuera de contribuer activement ». À cet égard, elle a rendu hommage aux responsables de la Coalition canadienne pour la diversité culturelle pour tout le travail accompli et, s’est dit convaincue que le gouvernement du Québec et la Coalition « allons poursuivre conjointement nos efforts pour toujours mieux défendre et promouvoir notre culture ».

Vantant les mérites de la Convention, la ministre des Relations internationales, Mme Monique Gagnon-Tremblay, voit dans l’approbation de la Convention par l’Assemblée nationale la reconnaissance du résultat de l’action de son gouvernement : «Une attitude responsable du gouvernement du Québec démontrant une diplomatie équilibrée et mature, discrète, mais efficace, dans un climat de bonne collaboration avec le gouvernement fédéral. Il est garant de ce que le Québec pourra accomplir au sein des délégations canadiennes à l'avenir». Pour la ministre, « il faut profiter au maximum de ce succès de la diplomatie québécoise pour faire progresser les choses. Le Premier ministre, mes collègues à la Culture et aux Communications, au Développement économique, à l'Innovation et à l'Exportation et moi-même, de même que les représentants du Québec à l'étranger ne ménageront aucun effort pour sensibiliser nos interlocuteurs étrangers à l'importance de ratifier rapidement et en grand nombre la Convention de l'UNESCO. Je profiterai moi-même de la Conférence des ministres de la Francophonie à Madagascar pour sensibiliser mes collègues francophones à l'importance de cette ratification », a-t-elle déclaré.

Pour sa part, le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, M. Claude Béchard a indiqué: « La Convention de l'UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles est un instrument qui tombe à point. Elle sera un outil de référence pour les États qui font face à des pressions pour libéraliser leurs secteurs culturels, en contribuant à légitimer au plan international leurs politiques culturelles».

À son tour, la chef de l’opposition officielle, Mme Louise Harel, s’est exprimée en ces termes: « Nous célébrons aujourd'hui le fil d'arrivée d'un effort gigantesque qui a été initié ici même, au Québec, et cet effort a constitué à persuader, à convaincre de la nécessité de l'adoption d'un instrument international sur la diversité culturelle (…). Maintenant, le débat se déplace dans les capitales et les nations du monde, et cette Convention doit être ratifiée au moins par 30 États membres (…) mais nous espérons que, dans les délais prescrits, ces États puissent, le plus rapidement possible, adopter cette Convention pour le mieux-être de leur population. »

Le porte-parole de l'opposition officielle, le député Daniel Turp, rappelant le rôle de la Commission parlementaire sur la culture, qui s’est donnée un mandat d'initiative pour étudier les détails du texte de la Convention proposé aux pays membres de l'UNESCO, a déclaré: « Je crois qu'un nouveau pas a été franchi dans ce domaine, puisque, lorsqu'il s'agira d'engagements internationaux de l'importance de celle de la Convention sur la diversité des expressions culturelles que nous allons approuver, une participation accrue des parlementaires est souhaitable, de telle sorte que le Parlement, et non seulement le gouvernement, soit associé à la conclusion de tels engagements internationaux ». Effectivement, sur cette Convention, les députés sont intervenus avant son adoption et aussi après, pour y donner leur approbation. Aussi, le député déclare-t-il : « Cette Convention pourrait contribuer à pérenniser les cultures du monde, à assurer leur diversité, la diversité culturelle et la diversité des expressions culturelles. J'espère qu'elle permettra à celles-ci d'enrichir plus qu'elles ne l'ont jamais fait le patrimoine commun de l'humanité et que cette Convention ne sera pas étrangère à son enrichissement ».

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La Convention de l’UNESCO sur la diversité des expressions culturelles: Les enjeux pour le Québec

Line Beauchamp, ministre de la Culture et des Communications du Québec, Montréal, le 7 novembre 2005 – 2005/11/07

Invitée du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) le 7 novembre dernier, la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mme Line Beauchamp a prononcé une conférence sur les enjeux pour le Québec de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée par la Conférence générale de l’UNESCO le 20 octobre dernier. À cette occasion, la ministre Beauchamp a souligné tour à tour l’engagement du Québec envers la culture, la remarquable mobilisation internationale qui a vu l'engagement d'un très grand nombre de gouvernements et la mobilisation des milieux culturels et des associations professionnelles dans plusieurs pays en faveur de l’adoption de la Convention, la signification de la Convention et ses enjeux pour le Québec.

À cet égard, la ministre a relevé qu’« il importe de bien comprendre que l’adoption de la Convention ne constitue que la première étape d’un processus qui vient d’être amorcé. Il faut éviter de lire la Convention comme un texte de loi arrêté. Il faut plutôt l’interpréter comme un mécanisme vivant qui vient de naître et qui est appelé à se développer. En soi, cette Convention constitue l’assise d’un instrument international dont la force sera autant juridique que politique». D’où l’importance des étapes à venir, dont celle de la ratification. Pour la ministre, le minimum requis de 30 États qui doivent ratifier la Convention afin qu’elle entre en vigueur, est une cible minimale : « la vraie cible est beaucoup plus élevée; plus le nombre de pays qui ratifient est grand, plus la légitimité et le poids politique de la Convention sont importants. Il faut donc poursuivre la mobilisation pour obtenir le plus grand nombre de ratifications, et ce, le plus rapidement possible. Les représentants du Canada ont manifesté leur intention de procéder rapidement. Au Québec, nous comptons faire approuver cette Convention par l’Assemblée nationale le 10 novembre prochain (NDLR: ce qui a déjà été fait!) ». Pour la ministre, « cette diligence du Québec sera une source d’inspiration pour les États membres de l’UNESCO qui doivent ratifier. Le Québec compte bien demeurer omniprésent dans ce combat, et nous mettrons à profit tous nos contacts avec la communauté internationale et avec la société civile pour inciter les pays signataires de la Convention à procéder rapidement à la ratification », affirme-t-elle.

L’autre étape essentielle est celle de la mise en œuvre de la Convention. À cet égard, la ministre soutient que les mécanismes de mise en œuvre constituent des lieux d’initiative en faveur des objectifs de la Convention, et que le dynamisme de la Convention sera dépendant de l’impulsion que les États parties voudront bien lui donner. Par ailleurs, souligne la ministre, le Québec devra aussi demeurer alerte sur d’autres fronts qui menacent nos politiques culturelles. En effet, s’il peut être réconfortant d’avoir obtenu l’adoption de ce qu’on peut considérer comme une "politique parapluie" à l’égard du processus de libéralisation des échanges, il faut garder l’œil ouvert car les développements technologiques exercent une pression considérable sur la capacité des gouvernements de mettre en œuvre des politiques culturelles.

Pour la ministre Beauchamp, le contexte actuel de la libéralisation des échanges commerciaux en amène plusieurs à prendre conscience des bienfaits que peut engendrer une mondialisation à visage humain, et la Convention sur la diversité des expressions culturelles pourrait devenir, en ce sens, une référence pour d’autres secteurs.

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Chronique d’Ivan Bernier : "La mise en œuvre de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles"

Novembre 2005 – 2005/11

Dans cette étude, le professeur Ivan Bernier analyse le processus de mise en œuvre de la Convention sur la diversité des expressions culturelles adoptée le 20 octobre dernier à la Conférence générale de l'UNESCO. Selon lui, trois questions, qui seront de nature à influencer la mise en œuvre de la Convention, se poseront: celle de la convocation de la première rencontre de la Conférence des Parties; de la constitution du comité intergouvernemental; et de l’organisation du programme de travail des organes en question. Une fois les organes de la Convention en place, le problème du suivi proprement dit de la mise en œuvre de cette dernière par les États se posera également. Pour arriver à un résultat concret, le professeur Bernier estime que c’est dès maintenant qu’il faut commencer à agir.

Toutefois, il prévient que « la présente étude sur le suivi de la mise en œuvre de la Convention ne prétend aucunement épuiser la question mais vise seulement à faire ressortir certaines pistes de réflexion susceptibles d’appuyer une mise en œuvre rapide et dynamique de la Convention. Il serait extrêmement déplorable qu’après son adoption par la Conférence générale et sa ratification par le nombre requis d’États, celle-ci échoue lors de sa mise en œuvre. Le meilleur moyen pour éviter qu’il en soit ainsi est de se préparer dès maintenant à cette étape de la mise en œuvre, comme si celle-ci était sur le point de se réaliser ».

M. Ivan Bernier est professeur émérite à la Faculté de droit de l’Université Laval du Québec au Canada. Il est notamment l’un des experts indépendants désignés par le Directeur général de l’UNESCO pour élaborer l’avant-projet de Convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques dont le texte final a été adopté par les États membres de l'UNESCO le 20 octobre dernier à la Plénière de sa Conférence générale.

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"La diversité culturelle en questions"

Enjeux internationaux , no 9, octobre 2005 – 2005/10

Dans son numéro 9 qui vient de paraître, Enjeux internationaux- une revue trimestrielle indépendante consacrée aux relations internationales, au développement et aux grandes questions politiques économiques, sociales et culturelles globales - consacre un dossier de 27 pages à la diversité culturelle, ce patrimoine commun de l'humanité qui doit être préservé. Pour la rédactrice en chef Anne-Marie Impe, c'est le but de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles qui a été adoptée le 20 octobre dernier à l’UNESCO. Dans ce numéro, des auteurs de différents pays éclairent différentes facettes de cet important dossier et vont bien au-delà de l'examen de la seule Convention. Ils abordent également les questions posées et les problèmes véhiculés par la pluralité.

Le dossier titre : "Faut-il avoir peur des États-Unis?" et souligne l’urgence de la ratification de cette Convention, « faute de quoi, l’"exemption culturelle", encore acquise au sein de l’OMC jusqu’en 2004, et prolongée de fait jusqu’en 2006, pourrait être définitivement caduque et des plaintes pourraient être déposées contre des aides culturelles apportées par des États sans qu’aucun instrument juridique ne puisse les défendre. Selon la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mme Line Beauchamp, rapporte la revue, « Il s'agit d'un combat essentiel à notre survie ». Pour M. Philippe Suinen, qui dirige les relations extérieures de la Communauté française de Belgique, « Pour que les biens culturels puissent circuler librement, il faut d’abord qu’ils puissent exister, et leur existence serait menacée dans de nombreux pays faute de subventions publiques». Pour sa part, Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture de la Communauté française de Belgique, soutient que « La Convention ne vise pas à freiner la libre circulation des biens, mais elle protège le droit de soutenir, par exemple, nos télévisions de service public ou nos télévisions locales dans leur rôle de service public».

La revue relève également que les pays africains, soutiennent ce combat : « Pour eux, il ne s’agit pas seulement de se protéger contre la marée culturelle américaine et occidentale, mais aussi d’avoir les moyens de développer leurs propres produits culturels. Ce combat-là est tout aussi important que la protection des biens culturels contre les lois du marché, si on ne veut pas demain d’un monde qui n’aurait plus qu’une culture unique, américaine et commerciale ».

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Television Across Europe: Regulation, Policy, and Independence – "La diversité culturelle européenne menacée"

Open Society Institute's EU Monitoring and Advocacy Program (EUMAP) and Media Program, October 11, 2005 – 2005/10/11

L'Open Society Institute (OSI), a rendu publique le 11 octobre dernier une vaste étude sur les médias audiovisuels en Europe, réalisée par des experts indépendants dans une vingtaine de pays européens. Au terme de ses recherches, l'organisme estime que les pays européens sont confrontés à une concentration du secteur audiovisuel qui "menace la diversité, le pluralisme et l'indépendance éditoriale". Il ressort de cette étude que "le développement de la télévision commerciale a conduit" à cette forte concentration en Europe, qui compte quelque 4 000 chaînes et où neuf foyers sur dix sont équipés d'au moins un poste. La dernière décennie a vu les télévisions privées tomber "entre les mains de quelques gros acteurs" tandis que, désormais, la majeure partie de l'audience nationale (jusqu'à 80% en Bulgarie, Croatie et République tchèque) "se concentre sur un nombre limité de chaînes, en général pas plus de trois".

Cette concentration en cours dans l'audiovisuel met en péril la diversité culturelle européenne par l’absence de pluralisme. En effet, souligne l’étude, depuis l'introduction des télévisions commerciales, au milieu des années 1980, Vivendi et Bertelsmann/RTL sont ainsi devenus les deux plus grands groupes européens dans l'audiovisuel commercial. En Europe centrale et orientale, Bertelsmann/RTL se place parmi les plus grands opérateurs pan-régionaux. Autres géants: le groupe américain Company central european Media Entreprises (CME), qui touche près de 80 millions de téléspectateurs via neuf chaînes en Slovaquie, Roumanie, Slovénie, Pologne et Ukraine; le suédois Modern Times Group (MTG), implanté dans les pays baltes, en Hongrie et bientôt en République tchèque; le groupe News Corporation de Rupert Murdoch (qui possède la plus grande chaîne bulgare) et le groupe européen SBS Broadcasting, présent en Hongrie et qui vient d'investir en Roumanie.

Comme le rapporte le Nouvel Observateur, l’étude note également que les investissements, acquisitions et regroupements de la dernière décennie se font dans une certaine opacité, du fait que des groupes sont parfois masqués par des sociétés off-shore. À cet égard, l’OSI appelle les gouvernements à imposer plus de transparence. Souvent, la concentration dépasse le seul cadre audiovisuel pour s'étendre aux autres médias, comme en Slovaquie, par exemple, où le magnat local Ivan Kmotrik possède des parts dans trois chaînes télévisées et dans le plus grand réseau de distribution des journaux du pays, relève l'OSI. Dans plusieurs anciens pays communistes, le paysage audiovisuel actuel découle d'une "transformation chaotique" liée à l'absence de politique claire et de cadre légal, comme en Pologne où on comptait au début des années 1990 plus de 57 diffuseurs illégaux.

Par ailleurs, l’étude relève que le développement des télévisions commerciales a conduit, partout en Europe, où le temps d'écoute ne cesse de s'allonger (avec une moyenne européenne estimée à trois heures par jour), à un appauvrissement des contenus : la plupart des chaînes privées s'appuient sur des divertissements bas de gamme et des "émissions sensationnalistes" pour élargir l'audience tandis que certains investisseurs privés utilisent les télévisions qu'ils contrôlent pour défendre leurs intérêts commerciaux, notamment en Roumanie, en Albanie, en Serbie et en République de Macédoine. Face à cette situation, l'Europe n'a pas réussi à instaurer des règles de pluralisme, de transparence et de protection du téléspectateur, déplore l'OSI, qui énumère plusieurs recommandations urgentes en ce sens.

Le rapport comporte trois volumes et un sommaire ainsi que des monographies par pays

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La convention sur la diversité des expressions culturelles et l'avenir de la création - " La diversité culturelle reste un combat de tous les instants"

Luc Jabon, scénariste, réalisateur, président de la SACD Belgique et représentant de la Coalition belge francophone pour la diversité culturelle, le 29 septembre 2005 – 2005/09/29

Le Festival International du Film Francophone de Namur réunissait en Belgique le 29 septembre dernier des représentants des Coalitions pour la diversité culturelle de l'espace francophone dans le cadre d’un colloque sur le thème "Diversité culturelle et l'avenir de la création". Il a abouti à la mise en place d'une Coordination des coalitions francophones pour la diversité culturelle et d'une Déclaration dite de Namur en soutien au projet de convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles (voir notre Bulletin no 29 du 11 octobre).

À l’occasion de ce colloque, Luc Jabon, scénariste, réalisateur, président de la SACD Belgique et représentant de la Coalition belge francophone pour la diversité culturelle, a présenté un texte de réflexion intitulé : " Diversité! ". Selon lui, même si les nouvelles sont bonnes, il ne faut pas se réjouir trop vite. Restent la question des ratifications rapides par les différents États, celle des accords bilatéraux avec les États-Unis qui contrecarrent les efforts entrepris, les déclarations interprétatives des articles de la Convention, la question de savoir comment l'OMC interprète la définition de la Culture (le textile, le vin, le fromage en font-ils partie ?). La diversité culturelle reste un combat de tous les instants. Elle n'est pas à la carte : elle doit être entière et globale. Tous les secteurs de la création doivent en profiter de façon égale.

M. Jabon souligne notamment que l’OMC s’est donné pour objectif à long terme d’ouvrir et de libéraliser l’ensemble des secteurs d’activité. Concrètement, cela signifie que chaque pays membre de l’OMC devra accepter sans restrictions tarifaires les " produits" des autres pays membres et qu’il ne pourra prendre aucune mesure qui fausserait la concurrence, c’est-à-dire qui favoriserait les " produits" nationaux par rapport à leurs concurrents étrangers. Si cette logique de libéralisation devait être imposée au secteur culturel, relève M. Jabon, cela aurait évidemment des conséquences catastrophiques sur la création culturelle telle que nous la connaissons aujourd’hui. En effet, non seulement les quotas de diffusion d’œuvres sur base de critères de nationalité ou de langue seraient supprimés à la radio comme à la télévision, mais le même traitement serait réservé à toutes les aides à la création ou aux subventions de fonctionnement. Les studios d’Hollywood ou les multinationales du disque pourraient donc attaquer en justice la Communauté française pour concurrence déloyale en cas de maintien de ces dispositifs!

Par ailleurs, note M. Jabon, aujourd’hui, les États-Unis complètent leur stratégie en négociant avec chaque État des accords bilatéraux de libéralisation du commerce par lesquels ils tentent d’obtenir notamment la libéralisation du secteur culturel. Dans un grand jeu d’échecs qui se joue sur tous les continents, ils forcent les gouvernements à renoncer à leur souveraineté dans les matières culturelles. Selon lui, pour que ces négociations permettent de maintenir une diversité culturelle mais aussi pour faire face aux nouvelles menaces, telle la directive Bolkestein sur la libéralisation des services, il faut impérativement que l’ensemble des secteurs culturels se mobilisent. En effet, les secteurs de la musique et du cinéma seraient sans aucun doute les premiers concernés mais il est vraisemblable qu’à terme l’ensemble du monde culturel serait touché.

À cet égard, observe-t-il, le cinéma européen, et francophone en particulier, connaît aujourd'hui un réel développement, en grande partie grâce aux différents systèmes de subventions et d'aides d'États qui ont été mis en place. Couplées à quelques dispositions fiscales (tax-shelter, crédits d'impôts…), ces aides dynamisent nos cinématographies nationales. Elles permettent aussi, avec les accords de co-production entre les États européens, de compléter les financements des oeuvres audiovisuelles. Si tous ces systèmes d'aide privilégient majoritairement les films nationaux, ils restent ouverts et accessibles aux cinéastes et aux auteurs de pays extra-européens. La pérennité de telles aides est donc vitale pour la création cinématographique, souligne-t-il. Leur suppression ou même leur réduction entraînerait de facto un appauvrissement d'œuvres originales, singulières ainsi que des conditions d'autonomie des créateurs. Il convient dès lors d’agir collectivement pour défendre le droit de nos pays de mener des politiques culturelles actives et d’intervenir (plus encore qu’aujourd’hui !) pour soutenir la création et la diffusion d’œuvres culturelles. Notre effort doit être amplifié afin de peser sur les opinions et les gouvernements. La diversité culturelle n'a de sens que si elle s'exerce aussi dans l'éducation et la formation. C'est un enjeu de civilisation, conclut-il.

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À l'agenda

Huitième rencontre ministérielle annuelle du Réseau international sur la politique culturelle (RIPC): Dakar sera la capitale mondiale de la Diversité culturelle du 20 au 23 novembre 2005

Sur invitation de M. Mame Birame Diouf, ministre sénégalais de la Culture et président du RIPC, l es travaux de la 8 e Réunion des ministres de la Culture des États membres du RIPC se dérouleront du 21 au 23 novembre prochain à Dakar, au Sénégal. "Diversité culturelle, cohésion sociale et développement durable", est le thème de la rencontre de cette année, qui offrira en une tribune importante pour échanger sur le rôle de la diversité culturelle à la fois comme élément moteur du dialogue interculturel et de création de stratégies.

Cette 8 e rencontre du RIPC s'ouvre au lendemain de l'adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles par la 33 e Conférence générale de l'UNESCO. Étant donné que la mise en œuvre de cette Convention requiert un minimum de 30 ratifications, cette Rencontre du RIPC sera le lieu privilégié pour continuer la campagne de mobilisation afin d'obtenir le plus grand nombre de ratifications de la Convention.

Ainsi, la 8 e réunion ministérielle annuelle du RIPC sera une occasion pour les ministres de la Culture de poursuivre d’importantes discussions sur les résultats de la Conférence générale de l’UNESCO concernant la Convention et sur les stratégies de sa ratification et de sa mise en œuvre. Les ministres auront aussi l’opportunité de s’engager dans un dialogue approfondi sur un certain nombre d’enjeux importants en matière de politique culturelle dont les répercussions de la culture sur l’économie. De plus, les ministres du RIPC pourront échanger avec des membres du Comité international de liaison des Coalitions pour la diversité culturelle - qui regroupe en son sein 31 coalitions dans autant de pays - ainsi des délégués du RIDC.

Le RIPC constitue une tribune internationale informelle où les ministres nationaux responsables de la Culture peuvent explorer en commun les problématiques nouvelles en matière de politique culturelle et élaborer des stratégies pour promouvoir la diversité culturelle. 67 pays en sont membres actuellement.

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Sixième Rencontre annuelle du Réseau international pour la diversité culturelle (RIDC) - Dakar, Sénégal, 17 - 20 novembre 2005

La 6 e Rencontre annuelle  duRéseau international pour la diversité culturelle (RIDC)aura lieu à Dakar, Sénégal, du 17 au 20 novembre 2005. À cet égard, le RIDC examinera les résultats du texte de la Convention sur la diversité des expressions culturelles adopté par la 33 e Conférence générale de l'UNESCO le 20 octobre dernier. Le RIDC traitera également des moyens à développer pour créer des industries culturelles ainsi qu’un équilibre, à l’échelle mondiale, dans les échanges de produits et services culturels, afin d'instaurer une véritable diversité culturelle. Dans la continuité du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), le RIDC échangera sur les questions portant sur la propriété et le pluralisme des médias, l’accès public et le contenu véhiculé par les réseaux numériques. Par ailleurs, un événement conjoint permettra, le 20 novembre, aux délégués du RIDC de dialoguer informellement avec les ministres du RIPC.

Le thème de cette 6e Rencontre annuelle du RIDC est : "La diversité culturelle, la cohésion sociale et le développement durable: la diversité culturelle pour le développement humain, la réduction de la pauvreté, la lutte contre l’inégalité et la promotion de la prise en charge (empowerment)"

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