Diversité culturelle

Infolettre
sur la diversité des expressions culturelles

Vol. 5, no 32, dimanche 30 octobre 2005

L’UNESCO adopte la Convention sur la diversité des expressions culturelles lors de la session plénière de sa 33e Conférence générale

Discours de la Ministre Mme Line Beauchamp à l'Unesco octobre 2005
Line Beauchamp, Ministre de la Culture et des Communications
Liza Frulla, Ministre du Patrimoine canadien

DANS CE NUMÉRO :

Communiqués, discours, déclarations

À l'agenda



Communiqués, discours, déclarations

Les coalitions pour la diversité culturelle applaudissent l’adoption de la Convention de l’UNESCO sur la diversité des expressions culturelles et pressent tous les pays de procéder à sa ratification le plus rapidement possible

Comité international de liaison des Coalitions pour la diversité culturelle (CIL), Paris, le 21 octobre 2005 – 2005/10/21

Les coalitions pour la diversité culturelle applaudissent le vote à l’UNESCO - qui a entériné par une majorité écrasante l’adoption de la Convention internationale sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles – comme une victoire historique dans la campagne pour que les pays préservent leur droit d’établir des politiques culturelles. Et elles pressent les pays chefs de file du mouvement qui a conduit à cette adoption d’entreprendre immédiatement une campagne visant la ratification rapide de la Convention, afin que celle-ci puisse entrer en vigueur le plus tôt possible.

Selon ces Coalitions, présentes à ce jour dans 31 pays, « le vote très largement majoritaire en faveur de la Convention indique que le droit d’adopter des politiques culturelles (quotas sur le contenu national, subventions, crédits d'impôt, règles sur la propriété étrangère, etc.) est désormais reconnu comme un droit primordial par les pays à travers le monde. Et ce pour une raison fort simple: à de très rares exceptions près, les pays ont besoin de pouvoir recourir à de telles mesures pour assurer à leurs citoyens et citoyennes l'accès à leur propre culture. Des niveaux substantiels de production culturelle nationale sont essentiels pour qu’il y ait un échange international équilibré de biens et services culturels entre tous les pays du monde ».

En outre, les coalitions soutiennent que la pression croissante que les négociations commerciales exercent sur les pays pour qu’ils renoncent à leur droit d’adopter des politiques culturelles rendait impérieuse l’adoption de cette Convention dans les plus brefs délais. Malgré que les États-Unis et Israël ont voté contre et que l’Australie, le Libéria, le Honduras et le Nicaragua se sont abstenus, cette Convention:

  • Reconnaît en droit international la nature spécifique des biens et services culturels, en tant que porteurs de valeurs, d’identité et de sens;
  • Affirme clairement le droit des États de se doter de politiques culturelles visant à assurer une véritable diversité des expressions culturelles sur leur territoire;
  • Établit des dispositions par lesquelles les pays développés s’engagent à aider les pays en développement à soutenir le développement de leurs propres industries culturelles en émergence;
  • Établit le principe de non-subordination, qui donnera à la Convention un statut en droit international égal à celui d’autres traités internationaux, notamment les accords de commerce;
  • Engage les pays à tenir compte des dispositions de la Convention, non seulement lors de la négociation d’autres accords internationaux, mais également dans l’application et l’interprétation des accords auxquels ils sont parties;
  • Établit un mécanisme de base de règlement des différends, qui, au fil des années, aura le potentiel de produire un corps de décisions sur les questions de politique culturelle et d’influer ainsi sur le traitement de la culture dans le cadre des accords de commerce.

De fait, les coalitions pour la diversité culturelle s’engagent à ce que les organisations professionnelles de la culture qu’elles représentent à travers le monde ne ménagent aucun effort pour que cette Convention devienne un véritable pilier du système juridique international. Tout en se réjouissant qu’ait été franchie cette étape majeure que représente le vote sur l’adoption, elles soulignent que la campagne n’est pas terminée, mais qu’elle entre désormais dans une nouvelle phase, celle de la ratification de la Convention.

Après avoir oeuvré intensément au cours des six dernières années à rallier un large appui international à cette Convention, les coalitions exhortent maintenant les pays qui s’en sont fait les champions, tout au long des négociations jusqu’à l’adoption, à lancer maintenant une campagne concertée en faveur de sa ratification. Selon elles, pour lui donner sa pleine portée « il est nécessaire que 50 à 60 pays la ratifient au cours des deux à trois prochaines années, et ce dans toutes les régions du monde: l’Afrique, l’Asie/Océanie, les Amériques et l’Europe ». La nécessité d’une telle campagne s’impose notamment du fait de l’opposition intense à la Convention que les États-Unis n’ont cessé de manifester durant toutes les négociations – une opposition qu’on s’attend de voir maintenant se transformer en pressions sur les autres pays pour qu’ils ne ratifient pas le document. Aussi, les coalitions s’engagent-elles à presser les gouvernements de leurs propres pays pour qu’ils ratifient la Convention le plus rapidement possible et affirment leur détermination à poursuivre sans relâche leur travail de mobilisation pour rallier un large appui international au soutien du droit souverain des pays d’établir des politiques culturelles.

Les coalitions pour la diversité culturelle, regroupées au sein du Comité international de liaison pour la diversité culturelle (CIL), rassemblent plus de 500 organisations professionnelles de la culture, représentant des écrivains, des compositeurs, des réalisateurs, des artistes de la scène et des arts plastiques ainsi que des éditeurs, producteurs et distributeurs indépendants de films, de musique et d’émissions de télévision . Ces coalitions sont présentes à ce jour dans 31 pays : Allemagne, Argentine, Australie, Belgique, Bénin, Brésil, Burkina Faso, Cameroun, Canada, Chili, Colombie, Congo, Corée, Côte d’Ivoire, Équateur, Espagne, France, Guinée, Hongrie, Irlande, Italie, Mali, Maroc, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Sénégal, Slovaquie, Suisse, Togo, Uruguay.

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Le Réseau international pour la diversité (RIDC) célèbre l’adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO

RIDC, Ottawa , 21 octobre 2005 – 2005/10/21

Dans ce communiqué diffusé le 21 octobre dernier, le Réseau international pour la diversité culturelle (RIDC) souligne que, depuis 2000, il a été au premier rang de la campagne pour la défense d’une convention sur la diversité culturelle légalement "contraignante" pour freiner les pressions croissantes sur les politiques culturelles mises en cause dans les accords bilatéraux et multilatéraux de commerce. À ce titre, il félicite l’UNESCO et ses membres pour l’adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Le RIDC et ses membres organisationnels de toutes les parties du monde - plus de 400 organisations culturelles non gouvernementales de 71 pays - célèbrent l’appui impressionnant des 148 pays qui ont voté en faveur du texte final. Ce nouvel instrument juridique reconnaît la valeur de la diversité culturelle pour le bien-être des nations à travers le monde et admet aussi que les biens et les services culturels possèdent plus qu’une valeur économique. Mais, la Convention n’est qu’un premier pas dans une longue campagne pour atteindre la diversité culturelle et pour prévenir l’érosion continuelle, dans les accords de commerce et d’investissement, du droit des États à soutenir leurs propres artistes et producteurs culturels, affirme le RIDC.

À cet égard, déclare le directeur général du RIDC, M. Garry Neil, « le solide appui envers la Convention constitue un point marquant dans l’histoire du mouvement sur la diversité culturelle, et nous sommes fiers du rôle qu’a joué le RIDC et les autres groupes de la société civile pour en arriver à cette étape. Mais, il reste encore beaucoup de choses à accomplir. La société civile doit continuer à jouer un rôle actif durant la prochaine phase et nous en appelons aujourd’hui à tous les États qui ont voté en faveur de la ratification de la Convention de la rendre la plus efficace possible et de s’engager à soutenir la diversité culturelle que ce soit sur leur propre territoire ou ailleurs dans le monde ».

De fait, le RIDC demande instamment aux gouvernements de collaborer les uns avec les autres, avec la société civile, les institutions intergouvernementales et leurs propres artistes et producteurs culturels pour réaliser la véritable promesse de cette Convention. « Après tout, nous devons collaborer pour lutter contre les pressions continuelles de ceux qui veulent garder les biens et les services culturels uniquement sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et sous la juridiction des traités régionaux et bilatéraux de commerce. Nous devons nous assurer que les pays en développement disposent des ressources nécessaires pour faire connaître leurs histoires, leurs musiques et leurs autres œuvres artistiques à leurs publics locaux et à l’échelle mondiale ». De plus, le RIDC incite les gouvernements d’inclure des dispositions de la nouvelle Convention dans leurs accords culturels bilatéraux et multilatéraux. «  La Convention établit seulement des standards minima et nous voulons que les pays plus riches du Nord s'engagent spécifiquement et concrètement envers les pays du Sud pour les aider à développer des industries créatives et à se doter d’outils culturels performants », poursuit M. Neil.

Par ailleurs, le RIDC exhorte les ministres de la Culture, regroupés dans le Réseau international sur la politique culturelle (RIPC), de renouveler leur engagement dans ce travail. La culture habite toutes les dimensions de la gouvernance y inclus le commerce, la sécurité, le développement et les droits de l’homme, et l’on ne fait que commencer à comprendre toutes ces ramifications. Le RIPC doit renforcer sa volonté de continuer. Il doit augmenter l’adhésion de ses membres et se préparer pour la prochaine étape du travail sur la diversité culturelle à l’UNESCO aussi bien que pour le travail important à déployer auprès des ministres des finances et du commerce, et des chefs de gouvernement.

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Adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO: " La Francophonie passe aux actes"

Francoffonies , no 16, 27 octobre 2005 – 2005/10/27

Dans cetteLettre d’information, l’équipe du Festival francophone en France, Francoffonies, déclare: «  Après quatre années de maturation, de réunions d’experts, de négociations, de compromis mais aussi de mobilisation et de pédagogie à l’usage des hésitants, un vote sans appel (…) a doté la communauté internationale de l’outil politique et juridique qu’elle appelait de ses vœux, jetant ainsi les premières bases d’un droit supranational dans le domaine de la culture ».

Selon l’équipe du Festival, « ce nouveau bouclier légal permet aux États de protéger leurs biens et services culturels, porteurs d’identités singulières, de valeurs et de sens, contre la domination uniforme imposée par la puissance de l’argent. Une " nature particulière" est désormais officiellement reconnue aux films, aux livres, aux œuvres de l’imagination et de l’esprit: ce ne sont pas " des produits comme les autres" et, partant, ils ne doivent pas être traités de la même manière que les marchandises dont l’échange fait l’objet des règles édictées par l’OMC. Aides à la création et à la diffusion, crédits d’impôt, quotas ou facilités particulières - notamment au profit des pays en développement -, fonds international pour la diversité culturelle, etc., viendront, parmi d’autres mesures, contrebalancer les effets dévastateurs que la loi de la rentabilité et une libéralisation sans entraves exercent sur la culture ».

Cependant, déclare l'équipe du Festival, « la discrétion manifestée par la France et l’Organisation internationale de la Francophonie pour faire aboutir ce projet de Convention ne doit pas faire oublier qu’elles en eurent ensemble l’initiative, ni le rôle de premier plan qu’elles ont joué - aux côtés du Québec, de l’Union Européenne, des partenaires des aires linguistiques lusophones, hispanophones et arabophones, ainsi que des coalitions et des réseaux de la Société civile - tout au long de cette bataille. Il leur faudra soutenir leur effort pour donner vie, demain, à un processus auquel pas un seul membre de la Francophonie n’a refusé son appui total. Il faut encore, en effet, pour que la Convention entre en vigueur, qu’elle soit ratifiée, dans les deux ans, par au moins 30 pays. Reste aussi à faire en sorte qu’elle ne se trouve pas " grignotée" çà et là par des accords bilatéraux - et inégaux - de libéralisation, c'est-à-dire des négociations dans lesquelles un pays devrait d’abord s’ouvrir aux films et aux émissions de télévision de son client pour espérer lui vendre ses bananes ou son bois! ».

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L’adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO: " Une première historique dans les relations internationales, et base d’un nouveau pilier de gouvernance mondiale en matière culturelle"

Union européenne, Bruxelles, le 21 octobre 2005 2005/10/21

La 33 e Conférence générale de l’UNESCO a adopté le 20 octobre 2005 la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Négociée conjointement par la Commission européenne, au nom de la Communauté, et par la Présidence du Conseil, au nom des États membres, cette Convention est une première historique dans les relations internationales, et constitue la base d’un nouveau pilier de gouvernance mondiale en matière culturelle. Elle consacre en effet un consensus jamais atteint jusqu’alors par la communauté internationale autour d’une série de principes directeurs et de concepts liés à la diversité culturelle, a déclaré l'Union européenne dans un Memo rendu public le 21 octobre dernier.

La Communauté européenne, par la voix de la Commission européenne et en vertu du mandat que lui a conféré le Conseil en novembre 2004 , a négocié aux côtés des États membres à l’UNESCO, dont la voix était portée par la Présidence du Conseil en exercice (trois présidences successives : Pays-Bas, Luxembourg et Royaume-Uni) tout au long du processus. Pour l'UE, il s’agit du modus operandi classique à chaque fois que les compétences en jeu dans une négociation internationale sont partagées entre la Communauté et ses États membres. Les positions communes exprimées par la Commission ou par la Présidence, selon les matières, ont été intégralement coordonnées tout au long des négociations. Il s’agissait d’une première pour la Communauté européenne, car jamais auparavant elle n’avait pris part à une négociation sur un texte normatif à l’UNESCO. Parlant donc d’une seule voix, l’Union européenne a pu pour la première fois agir en tant qu’acteur majeur de la négociation au sein de l’UNESCO. Le Parlement européen, et en particulier sa Commission “Culture”, a suivi avec attention ces négociations et a soutenu la démarche Communautaire tout au long du processus.

Selon l'UE, pour laquelle la préservation et la promotion de la diversité culturelle figurent au titre des principes fondateurs de la Communauté, la Convention adoptée par l’UNESCO consacre des règles, principes et référents communs en matière de diversité culturelle au niveau mondial. C’est la première fois qu’un tel consensus a pu être trouvé sur ces questions par la communauté internationale. Ce texte contribue notamment à reconnaître le rôle et la légitimité des politiques publiques dans la protection et la promotion de la diversité culturelle, à reconnaître l'importance de la coopération internationale et la promouvoir pour faire face aux situations de vulnérabilités culturelles, notamment vis-à-vis des pays en développement, et à définir une articulation adéquate avec les autres instruments internationaux qui permette la mise en œuvre effective de la Convention. La Convention représente par ailleurs une nouvelle plateforme pour aborder la culture dans le contexte plus large du développement durable.

Du reste, l'UE soutient que la Convention adoptée constitue un nouveau pilier de la gouvernance mondiale, en ce sens qu'elle permet de combler un vide juridique dans la gouvernance mondiale en établissant une série de droits et obligations, tant au niveau national qu'international, visant à la protection et la promotion de la diversité culturelle. Cet instrument devrait jouer pour la diversité culturelle un rôle comparable - et au même niveau normatif - que – dans leurs domaines respectifs - les conventions de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, les accords de l'Organisation Mondiale du Commerce, ceux de l'Organisation Mondiale de la Santé et les Accords Multilatéraux sur l'Environnement. De plus, la Convention de l’UNESCO constitue une plateforme de débats et d’échanges sur la diversité culturelle au niveau international. C'est ainsi qu'elle permettra une observation et un suivi précis de la réalité de la diversité culturelle dans le monde, ainsi que des échanges de vues, d’information et de bonnes pratiques entre les Parties. Cette Convention, précise l'UE, sera également le lieu d’une coordination et d’une concertation des Parties pour la promotion des objectifs de la Convention dans les autres enceintes internationales ainsi que pour le renforcement de la coopération internationale.

L'UE soutient notamment que la nouvelle Convention de l'UNESCO ne remet pas en cause les engagements de la Communauté et de ses États membres à l’OMC: " Il n'y a aucun objectif ou effet d’extraire ou d’exclure les biens et les services culturels des accords de l'OMC. La Convention reconnaît la spécificité des biens et des services culturels et légitime les politiques culturelles internes et internationales».

Quant à l’interaction de la Convention avec les engagements à l’OMC, l'UE précise: « Cette Convention n’est pas subordonnée à d'autres traités, mais bien sur un pied d'égalité avec, par exemple, les accords de l'OMC. Elle n’est pas en conflit mais au contraire complémentaire par rapport à ces autres accords internationaux. La Convention de l'UNESCO ne modifiera pas des accords de l'OMC (ce qu’elle ne pourrait pas faire d’ailleurs - seuls les membres de l'organisation le pouvant, dans le cadre des procédures prévues) mais elle obligera des parties à prendre en considération les objectifs de diversité culturelle et les dispositions de la convention, lors de l'application et de l'interprétation de leurs obligations commerciales, ainsi que de la négociation de leurs engagements commerciaux. Ainsi, la Convention représente un pas en avant considérable pour la protection et la promotion de la diversité culturelle au niveau international, y compris dans les négociations commerciales ».

Ce faisant, l'UE déclare: « Rien dans la Convention ne préjuge des positions que prendront les Parties dans les enceintes commerciales. Pour sa part, la Communauté et ses États Membres ont une position claire à l’OMC sur les services culturels et audiovisuels, consistant à préserver leur capacité de maintenir et développer des politiques dans ces domaines. Dans le cadre du cycle de négociations de Doha, la Commission a ainsi indiqué qu’elle ne présenterait aucune demande ni offre d’engagement commercial sur les services audiovisuels et culturels ».

En conclusion, pour ce qui est de la ratification de la Convention de l'UNESCO par la Communauté des États européens – à qui la possibilité de devenir partie contractante a été reconnue dans le texte, la Commission européenne envisage d’adopter dès cet automne une proposition de décision du Conseil en vue d’une telle approbation. Par ailleurs, en lançant un processus en vue de la mise en œuvre de la Convention de l’UNESCO, la Communauté et les États membres lanceront un signal clair de leur engagement en faveur de la diversité culturelle, dans la suite logique de leur forte implication dans les négociations, et de leur volonté de travailler avec leurs partenaires pour promouvoir ce principe au niveau international.

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La Francophonie salue l’adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO et lance un appel à une ratification rapide

Abdou Diouf, Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Paris, le 21 octobre 2005 – 2005/10/21

Le Secrétaire général de l'OIF, M. Abdou Diouf, s'est félicité de l'adoption, par la 33e Conférence générale de l'Unesco, de la Convention internationale sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, pour laquelle la Communauté francophone s'est fortement mobilisée. Il a déclaré à cet égard: « Cette adoption est la preuve que la culture n’est pas une marchandise comme les autres. La Convention doit encourager les pays signataires à définir et à mettre en œuvre des politiques culturelles ambitieuses. Je suis heureux de constater que ce texte contient des dispositions concrètes qui devraient favoriser le développement culturel des pays du Sud ». Ce faisant, M. Diouf a lancé un appel à tous les membres de l’OIF pour ratifier largement et rapidement le texte de la Convention: « la Francophonie poursuivra sa mobilisation au service de la diversité culturelle au cours des prochains mois. C'est une des conditions de l'émergence d'industries culturelles viables, notamment dans les pays du Sud qui n'ont pas encore valorisé leur patrimoine et leurs créateurs », a-t-il déclaré.

Le communiqué de l'OIF, publié à cette occasion souligne notamment que la Francophonie, qui a joué un rôle de précurseur dans ce domaine, a fait de la diversité culturelle une priorité stratégique de son action: « Dès 1993, lors du Sommet de Maurice, la Francophonie s’est prononcée en faveur de l’exception culturelle. En 1999, à Moncton, les chefs d’État et de gouvernement ont affirmé le droit pour chaque État et gouvernement de définir librement ses politiques culturelles. Le 15 juin 2001, à l’issue de la 3 e Conférence ministérielle sur la Culture organisée à Cotonou, les ministres de l’OIF ont, pour la première fois, appelé à la création d’un instrument juridique sur la Diversité culturelle. À Beyrouth, en 2002, puis à Ouagadougou, en 2004, les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie ont décidé de s’engager activement en faveur de l’adoption par l’Unesco d’une convention internationale sur la Diversité culturelle. La Francophonie a depuis mené son action en collaboration avec ses partenaires des autres grands espaces linguistiques ainsi qu’avec les forums et enceintes internationaux de la société civile, tel le Réseau international sur la politique culturelle (RIPC). Elle a également travaillé étroitement avec les coalitions pour la diversité culturelle, qui regroupent l’ensemble des acteurs du monde culturel dans 31 pays ».

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Adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO : "Cette Convention aura un impact sur la protection de la diversité culturelle "

Line Beauchamp, ministre de la Culture et des Communications du Québec, Montréal, le 22 octobre 2005 – 2005/10/22

« Le refus des États-Unis d'adopter la Convention sur la diversité des expressions culturelles de l'UNESCO n'empêchera pas les autres pays signataires de l'accord de protéger leurs cultures nationales », a déclaré la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mme Line Beauchamp, de passage à Montréal. Citant l'exemple du Protocole de Kyoto, que les États-Unis ont refusé de ratifier, la ministre a soutenu que l'adoption de la convention par plus d'une centaine de pays, la semaine dernière, exercera une pression morale sur les Américains. Selon Mme Beauchamp, le fait que Washington s'est tant opposé au projet est la preuve que cette Convention aura un impact sur la protection de la diversité culturelle. Toutefois, la ministre estime que les États-Unis pourront également y trouver leur compte. Selon elle, l'émergence de plusieurs industries culturelles nationales permet notamment de sensibiliser davantage de pays aux conséquences du piratage, un sujet qui préoccupe les Américains.

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Adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO: " La diversité culturelle n'est pas gagnée . Il faut encore franchir des étapes et donner des moyens "

Communauté française de Belgique, Bruxelles, le 21 octobre 2005 – 2005/1021

 Au lendemain du vote " historique " à l'Unesco de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, trois ministres de la Communauté française de Belgique ont invité la presse pour se réjouir de cette adoption: mesdames Marie Arena, ministre-Présidente, Fadila Laanan, ministre de la Culture, et Marie-Dominique Simonet, ministre des Relations extérieures. Elles ont souligné le rôle important de la Communauté dans l'adoption de ce texte malgré l'intense lobby américain et elles ont loué le travail de «fourmis» de leurs experts. « Mais, ont-elles déclaré, cette convention défensive, très importante, qui permet de continuer à subsidier notre identité culturelle, n'est pas un aboutissement: " il ne faut pas baisser la garde ". Car il faudra que la convention soit encore ratifiée par au moins 30 pays pour entrer en vigueur . Cela semble aller de soi mais le lobby américain pourrait continuer jusqu'au bout et ébranler quelques parlements nationaux.

En effet, a ucune limite de temps n’est fixée, mais 2010 fait date-butoir avec la fin de l’exemption culturelle accordée par l’OMC. Entre-temps, des majorités parlementaires peuvent changer. Obtenir 30 ratifications est probable, encore faut-il qu’elles émanent de pays "significatifs" : « En Belgique, où les partis de toutes tendances y sont favorables, le calendrier sera d’un an, affirment-elles. Dans l’Union, est-il sûr que les 25 ratifient? Certains sont partagés comme au Royaume-Uni ou en Allemagne et à l’Est, les incertitudes sont nombreuses. Tandis que Condoleeza Rice titillait une corde sensible en écrivant que "la convention porte atteinte aux droits de l’homme", les USA font flèche de tout bois et poursuivront leur boycott acharné pour sauver les bénéfices d’Hollywood ».

Il faut aussi prendre des mesures " offensives " pour soutenir les cultures, car à quoi servirait une convention qui préserverait la diversité culturelle si un pays ne peut proposer des productions culturelles? , se demandent-elles. Cela concerne d'abord le soutien aux cultures des pays les plus pauvres et les plus menacés par la mondialisation de la culture. À cet égard, la Belgique a accepté à Paris de participer à un Fonds de soutien à la diversité culturelle pour les pays du Sud: « La participation à ce fonds se fera sur base volontaire, explique Mme Simonet. Mais j'estime que malgré nos difficultés budgétaires, il faudra être cohérent et y contribuer ». Par ailleurs, l’autre défi consiste à « continuer le travail au niveau européen pour éviter qu'une nouvelle mouture de la directive Bolkenstein ne ramène en Europe la culture dans la seule sphère marchande. Ici aussi, il s'agira d'être cohérent et de faire comprendre aux 25 Européens que s'ils votent une Convention à l'Unesco, ils doivent appliquer la même politique au niveau européen ».

Or, rappelle Mme Fadila Laanan: « Il ne s’agit pas d’être opposé au cinéma américain que nous aimons tous, mais de permettre aux créateurs de notre pays -comme d’autres pays - de se faire connaître également! La diversité des cultures est un enrichissement de l’esprit ». "Soulignant le fruit d’une politique publique qui a permis de propulser les arts belges sur la scène internationale (…), les trois ministres ont martelé leur volonté de continuer à pratiquer sans relâche un intense lobbying international. Et la ministre-Présidente Mme Marie Arena de remarquer: « Tout petit pays sur la scène internationale, l'influence de la Belgique est pourtant considérable: nos experts sont écoutés, notre rayonnement culturel s’affirme. Nous continuerons d’être à la pointe du combat pour la diversité culturelle (…). La Communauté compte jouer un rôle d'aiguillon pour les autres États-membres  », indique-t-elle.

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Adoption de la Convention de l’UNESCO sur la diversité des expressions culturelles: "La convention valorise notre culture et protège ses acteurs"

Safiatou Ndiaye Diop, ambassadrice du Sénégal à l'Unesco, Dakar, le 22 octobre 2005 – 2005/10/22

Dans une entrevue accordée au quotidien Wal Fadjri, Mme Safiatou Ndiaye Diop, ancienne ministre de la Culture et ambassadrice du Sénégal à l'Unesco, soutient que la Convention sur la diversité des expressions culturelles, adoptée à la Plénière de la 33 e Conférence générale de l'Unesco "peut être bénéfique pour le Sénégal". Selon elle, « cette Convention va nous permettre de mieux protéger notre culture, ses acteurs. Elle va aussi permettre de mieux sauvegarder notre patrimoine culturel et de le valoriser. Cela est très important. Cette convention donne une grande part au patrimoine immatériel. Ce qui est très important pour des peuples de culture orale tel que le Sénégal. Je crois qu'il était temps que cette convention arrive ».

Par ailleurs, soulignant que durant les négociations, on est passé de l'exception à la diversité culturelle, elle explique que l'évolution même du monde impose cette notion de diversité culturelle : « Nous ne pouvons plus nous contenter d'une exception. C'est une diversité qui se retrouve. On se rend compte que, dans cette diversité, il y a une certaine harmonie. Et c'est le but recherché. Que l'Asiatique, l'Africain, l'Européen, l'Américain puissent se retrouver autour d'une culture diverse, mais symbolique à plus d'un titre. C'est comme cela qu'on pourra s'accepter, se respecter, dialoguer pour arriver ainsi à une certaine paix dans le monde ».

Répondant à la question de savoir si la Convention, en favorisant la diversité, n’entraînerait pas plutôt le cloisonnement des cultures qui peut déboucher sur des extrémismes, l’ambassadrice affirme: « Peut-être que certains États pourraient avoir ce genre de politique. Mais les peuples ne se laisseront pas faire. Ce qui est important, ce sont les peuples qui vont prendre en charge cette expression de leur diversité culturelle. Et à travers le texte, aucun État ne peut imposer ce cloisonnement (…) au peuple. L'avenir nous dira ce qu'il en est ».

Évoquant les conséquences de l'opposition des États-Unis à la Convention, l’ambassadrice déclare qu’« ils ont leur position qu'ils ont défendue avec des arguments. Maintenant, le problème se situe au niveau de la ratification de cette convention. Le Sénégal a appelé à ce que tous les pays la ratifient. Le Sénégal a aussi appelé les autres pays qui ne l'ont pas votée ou qui se sont abstenus, de rejoindre le groupe de pays qui l'ont votée, parce que ce texte est assez consensuel. Et on peut tous se retrouver dans cette convention. Ce n'est pas toujours facile puisque chacun a son point de vue. Nous respectons le point de vue des uns et des autres. Mais notre pays est co-auteur de ce texte et nous assumons son contenu ».

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Adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO: "La diversité culturelle impose sa loi"

Ernst Iten, ambassadeur de Suisse à l'Unesco, Berne, le 25 octobre 2005 – 2005/10/25

Dans une entrevue accordée à Swissinfo, l’ambassadeur de Suisse à l'Unesco, M. Ernst Iten, revient sur la 33 e session de la Conférence générale de l’Unesco où la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles a été plébiscitée lors d'un vote en séance plénière par "l'écrasante majorité des délégués", "en dépit de la farouche opposition des États-Unis". Selon l’ambassadeur Iten, ce document, promu par la France et le Canada, "qui vise à protéger la diversité culturelle", « reconnaît la nature spécifique des biens culturels, donne le droit aux signataires de prendre des mesures en faveur de la diversité culturelle, et concrétise l'importance de la culture pour le développement ».

En outre, l’ambassadeur déplore que les États-Unis et Israël se soient opposés à la Convention à laquelle tous les États membres ont finalement abouti, puisqu’ils la considèrent comme le résultat d’un "compromis équilibré" : « Aux yeux des États-Unis, cette convention "rédigée à la hâte" pourrait mener à l'établissement d'entraves commerciales contre les biens culturels d'exportation (films et pop music, par exemple) et indirectement restreindre la liberté d'expression ». Évoquant les attentes de la Suisse par rapport aux résultats de cet accord, l’ambassadeur déclare : « Le concept de " diversité culturelle" entre maintenant dans le droit international. Il aura donc désormais une dimension obligatoire pour ceux qui adhèrent à la convention comme pour ceux qui n'y adhèrent pas. Pour la première fois, la diversité culturelle devient un sujet du droit international, comme par exemple la biodiversité. Nous verrons maintenant quels États le ratifient, et avec quelle rapidité. La Suisse souhaite le faire aussi rapidement que possible  ».

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Adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO: " Permettre aux États d'aider leur cinéma "

Bernard Gournay, membre de la commission française à l'Unesco, Paris, le 21 octobre 2005 – 2005/10/21

Dans une entrevue publiée par LeNouvel Observateur, M. B ernard Gournay, membre de la Commission française à l'Unesco, auteur de "Exception culturelle et mondialisation" - Presses de Sciences Po, 2002 (Coll. La bibliothèque du citoyen), souligne les buts de la Convention sur la diversité des expressions culturelles adoptée à l'Unesco. Selon lui, son premier objectif est de « donner à tous les États la possibilité de maintenir leur cinéma, leur télévision, leur radio face à l'OMC. Mais il ne suffit pas de reconnaître ce droit, il faut que les États puissent produire des films ou avoir des chaînes de télévision ou stations de radio publiques. C'est le droit pour la télévision ou la radio d'être soutenues par les pouvoirs publics, ce qui est une énorme bagarre au niveau international. Murdoch, qui a le grand mérite d'être franc, a déjà dit: "Mort à la BBC", expliquant qu'il fallait que cessent les subventions publiques à la chaîne britannique, ou qu'on lui verse les mêmes!  L'ambition de la Convention est de permettre à tous les pays d'utiliser les moyens modernes pour permettre un développement de leur culture, pour permettre à tous les artistes de pouvoir produire. Et il faut que les systèmes d'aides internationaux soient maintenus. L'Union européenne finance on le sait le cinéma africain, le Conseil de l'Europe aide les pays de l'Est à retrouver une production cinématographique, et la Convention permet de maintenir ces aides ou d'en créer de nouvelles ».

De même, ajoute-t-il, « Le problème de la diversité culturelle n'est souvent pas très bien perçu. Cette Convention aborde "la diversité culturelle et l'expression artistique", donc certes le théâtre, la peinture, la danse, c'est à dire l'expression artistique, mais aussi la diversité culturelle dans un sens large qui englobe les traditions nationales. Face à ce point, les Américains ont tout de suite affirmé que l'Unesco souhaitait favoriser des traditions héritées d'un passé contraires aux droits de l'Homme, pensant à l'excision encore en pratique dans certains pays africains ou le fait de brûler des femmes en Inde. Mais l'Unesco a répondu très clairement qu'elle n'aiderait jamais des traditions contraires aux droits de l'Homme. Le but de la Convention est de permettre à toutes les communautés humaines de s'exprimer et d'échanger, chacune considérant l'autre comme son égale. Cela, les Américains semblent ne pas vouloir en entendre parler. »

Par ailleurs, M. Gournay trouve "ridicule" l’argument invoqué par les États-Unis pour voter contre la Convention, selon lequel la Convention, en célébrant le particularisme, peut entraîner une sorte appauvrissement culturel. Pour lui, «  la Convention ne va rien changer sur la circulation de la culture et en particulier des films, grande crainte américaine. Les chaînes privées vont continuer de diffuser des films américains, les cinémas également et vous trouverez toujours tout ce que vous souhaiter en DVD dans les magasins. Cela ne change rien. Peut-être verra-t-on naître des quotas de diffusion de films européens, mais où est le frein à la diffusion de films américains? », se demande-t-il.

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Adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO : " Une première grande victoire pour la diplomatie québécoise"

Christian Rioux, correspondant du Devoir à Paris, le 22 octobre 2005 – 2005/10/22

Dans l’édition du Devoir publiée le 22 octobre dernier, le journaliste Christian Rioux écrit : « C'est par de longs et joyeux applaudissements qu'a enfin été adoptée jeudi, à Paris, la convention internationale sur la diversité culturelle. On voit pourtant rarement de telles effusions de joie dans la grande salle un peu terne du palais de l'UNESCO. C'est que l'adoption de cette convention par 148 voix contre deux (et quatre abstentions) représente une première. Lorsqu'elle sera ratifiée par au moins 30 pays, elle deviendra le premier traité international garantissant aux peuples le droit de subventionner et de protéger leurs créateurs contre le dumping culturel international. Voilà qui faisait dire au journal Le Monde que, " pour une fois, la plus grande puissance culturelle mondiale, les États-Unis, s'est retrouvée seule et nue" » .

Le journaliste soutient notamment que « cette convention pourrait aussi apparaître un jour dans les livres d'histoire comme la première victoire diplomatique du Québec sur la scène internationale (…). Tant par sa diplomatie que par les efforts de ses experts, de ses artistes ou de simples militants, le Québec a été une force déterminante sans laquelle l'adoption de cette convention n'aurait probablement jamais été possible. C'est lui qui a constamment poussé dans le dos du Canada et de la France pour qu'ils dépassent les simples déclarations de principe ». À cet égard, il souligne qu'un des tout premiers comités internationaux véritablement consacrés à des discussions sur un traité fut créé conjointement en 1998 par les Premiers ministres québécois et français sur proposition de la ministre des Relations internationales du Québec. En outre, ce comité a contribué à sensibiliser la France et a produit le premier document étoffé justifiant la nécessité d'un traité international : Évaluation de la faisabilité juridique d’un instrument international sur la diversité culturelle, étude préparée pour le compte du Groupe de travail franco-québécois sur la diversité culturelle, cosignée par Ivan Bernier du Québec et Hélène Ruiz-Fabri de la France.

En parallèle, affirme le journaliste, le gouvernement canadien a aussi déployé des efforts considérables. Dès juillet 1998, la ministre du Patrimoine canadien réunissait les ministres de la Culture de 22 pays dans le Réseau international des ministres de la Culture (RIPC). Ce faisant, la ministre qui venait de subir une cinglante défaite contre les États-Unis dans le dossier des magazines canadiens, s'inscrivait dans le prolongement de la démarche du Québec, où une première coalition pour la diversité culturelle regroupait une douzaine d'organismes représentant plus de 15 000 membres. Aussi, déclare le journaliste : « On dira que cette victoire diplomatique est le fruit d'une collaboration fructueuse entre Québec et Ottawa et on aura raison. Ottawa n'a pas ménagé ses efforts, et il faut rendre le mérite qui leur revient aux ministres du Patrimoine canadien ».

Dans ce registre chronologique, le journaliste souligne également que pour la première fois, au Sommet de la Francophonie de Beyrouth, en 2002, la diversité culturelle échappait alors aux seuls gouvernements nationaux du Québec, du Canada et de la France pour être portée par une organisation internationale, l’OIF en l’occurrence. Devant une telle mobilisation - sans oublier celle de l'Europe, que la France s'était chargée de convaincre -, l'UNESCO pouvait difficilement se défiler. Elle y trouvait aussi l'occasion unique de se donner un nouveau rôle au moment où les États-Unis réintégraient l'organisation. De plus, ajoute-t-il, ce traité n'aurait pas vu le jour sans les pressions des organismes culturels et des artistes de nombreux pays. Or, s'il existe aujourd'hui des coalitions pour la diversité culturelle dans 31 pays, c'est aussi grâce aux efforts de deux Québécois. Pierre Curzi et Robert Pilon ont non seulement fondé la coalition québécoise (devenue canadienne) mais aussi passé les trois dernières années à sillonner la planète. On ne se surprendra pas non plus que les deux ambassadeurs canadiens à l'UNESCO qui ont fait avancer les choses, Yvon Charbonneau et Louis Hamel, étaient comme par hasard eux aussi québécois.

En conclusion, le journaliste soutient que « si la diplomatie québécoise a permis d'en arriver là en poussant tour à tour dans le dos du Canada et de la France, le rôle du Québec pourrait être tout aussi crucial dans les années qui viennent. Le traité doit en effet être ratifié par au moins 30 pays pour entrer en vigueur. Mais pour qu'il ait un véritable poids, il devra l'être par un nombre de pays beaucoup plus élevé. Ensuite, l'efficacité de la convention dépendra entièrement de l'initiative des pays signataires. Sans leadership, il ne se passera absolument rien ».

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Adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO : Le " génie " français en question

Jean-Paul Mulot, éditorialiste du Figaro, Paris, le 22 octobre 2005 – 2005/10/22

Lorsqu’il signe son éditorial dans cette édition du Figaro du 22 octobre, Jean-Paul Mulot écrit : « Ne boudons pas notre plaisir. L'adoption de la convention sur la diversité culturelle par l'Unesco est une belle victoire pour la France. Mais rendons à César ce qui est à César (…). Si nous devons l'écrasante victoire de jeudi au talent de Renaud Donnedieu de Vabres, le coach français, il s'agit d'abord d'une victoire d'équipe. Rien n'aurait été possible sans un management francophone et sans un team européen. L'exception culturelle, concept inlassablement défendu par Jacques Chirac, n'aurait pu s'imposer à Hollywood si le Canada ne nous avait emboîté le pas, et si l'Europe, emmenée par la présidence britannique, n'avait prêté une oreille bienveillante à notre combat. Malgré nos querelles (…) c'est l'axe Paris-Londres qui a gagné ».

Par ailleurs, M. Mulot souligne que « les pressions de l'Amérique ont été sans effet sur le gouvernement Blair. Pour une fois, l'Union européenne a parlé d'une seule voix. Pourtant, l'Administration américaine s'est bougrement démenée pour empêcher l'adoption du texte. Condoleezza Rice a même pris la plume pour sermonner ses alliés, multipliant les pressions amicales sur les " petits" pays. Qu'importe! Constatant son isolement, le département d'État n'a pu que faire part (…) de sa " déception" . On espère simplement que cet échec américain ne sera pas l'occasion pour Washington de remettre en cause la contribution américaine - près d'un quart du budget - à l'Unesco ».

M. Mulot conclut qu’on ne peut que partager l'optimisme du Président français Jacques Chirac, qui voit dans cette convention « un progrès majeur dans un monde qui a besoin de protéger la diversité culturelle et d'organiser le dialogue des cultures dans le respect de tous ».

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Adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO: "L es États-Unis pourront tenter d'empêcher les États de ratifier la Convention ou d'entraîner les États à ne pas en abuser"

Dan Glickman, président de la Motion Picture Association of America (MPAA), le 24 octobre 2005 – 2005/10/24

L'adoption par la quasi-totalité des pays membres de l'Unesco, jeudi 20 octobre, contre l'avis des États-Unis, de la Convention sur la diversité des expressions culturelles, était au centre d'une table ronde aux Rencontres cinématographiques de Beaune (Côte-d'Or), vendredi 21 octobre, sur le thème « OMC-UNESCO, quelle complémentarité pour quelle diversité culturelle ? », qui aborde la question centrale des rapports de la Convention UNESCO avec l’OMC. Devant un public dense de professionnels du cinéma, ces Rencontres étaient présidées par la cinéaste Jeanne Labrune et avec la participation de nombreuses personnalités dont le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, Dan Glickman le président du syndicat des majors américaines du cinéma (Motion Picture Association of America), Pascal Rogard, directeur général de la SACD et président de la coalition française pour la diversité culturelle, Jack Ralite, sénateur.

Dans son édition du 24 octobre, Le Monde rapporte que Dan Glickman, seul représentant américain dans ces Rencontres, et qui défend les intérêts des studios hollywoodiens, s'est déclaré "d'accord avec le projet de convention" mais "préoccupé" par les "ambiguïtés" et l'aspect trop "vague" du texte. "Le diable est dans les détails", a indiqué M. Glickman pour qui « tous les pays qui négocient des accords commerciaux pourront trouver qu'il existe toujours un point de vue culturel dans le café, la banane, le coton ou le fromage...». Il a notamment invité les professionnels du cinéma européen à « travailler pour s'assurer que la Convention ne puisse pas contribuer à fermer les frontières, restreindre des flux d'information ou réduire la liberté d'expression », en citant l'Iran, qui a décidé de restreindre la diffusion des films américains.

Lançant les premiers coups de semonce en réaction à l’adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles, M.Glickman a de ce fait déclaré qu’aucun État n’avait le droit d’utiliser la nouvelle convention pour bloquer des produits (des films américains). Si les actions des pays contreviennent aux règles de l’OMC, a-t-il dit, " il y aura des conflits" . L’UNESCO n’a pas à se mêler de commerce, a-t-il indiqué en substance.

Pour sa part, s'exprimant à Rome, M. Kristin Silverberg, haut responsable du Département d'État américain, a déclaré que les États-Unis pourront "tenter d'empêcher" les États de ratifier la Convention ou "d'entraîner les États à ne pas en abuser".

Par ailleurs, interrogé sur une radio argentine le 26 octobre dernier, l’ambassadeur américain en Argentine, M. Lino Gutierrez, a indiqué que les États-Unis auront recours à des accords bilatéraux sur le continent américain en cas d’échec de leur initiative en vue de former la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). Les États-Unis n’ont pas l’intention de renoncer à leur projet de zone de libre-échange en Amérique, mais «si on ne peut pas arriver au libre-échange par la voie multilatérale, nous le ferons par la voie bilatérale», a déclaré l’ambassadeur.

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Adoption de la Convention sur la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO: " La solitude américaine "

Nicolas Dufour, éditorialiste du Temps, Genève, le 25 octobre 2005 – 2005/10/25

Revenant sur la décision prise, la semaine dernière, par l'Unesco sur la diversité culturelle, le quotidien suisse Le Temps titre : " Les milliards de la culture échappent à la concurrence" et s'en réjouit. Le fait que " les biens artistiques ou les productions audiovisuelles seront exclus des négociations sur la libéralisation" est, selon le journal de Genève, une victoire, notamment pour la Suisse, qui " a joué un rôle important dans les débats", rapporte Les Échos. OAS_AD('x01'); C'est en revanche, estime Le Temps, un échec des États-Unis: « On aura rarement eu une épreuve aussi éclatante, voire pathétique, de la solitude de l'empire, isolé face à 148 pays », note Nicolas Dufour dans un éditorial sur le sujet, en première page, titré : " La solitude américaine" . « Les menaces de Condoleezza Rice n'ont pas ébranlé les représentants des nations qui, pourtant, ont tous à craindre d'un courroux américain », ajoute-t-il. Pour Washington, c'est " une gifle" ; les défenseurs d'un service public médiatique et culturel " jubilent" en revanche. L'éditorialiste se demande néanmoins quelle est la pérennité de l'unanimité anti-américaine actuelle: « Bientôt, la Chine, l'Inde ou le Brésil ne trouveront-ils pas trop contraignantes ces règles qui sanctuarisent les biens culturels ? »

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À l'agenda

DANS LES MÉDIAS FRANCOPHONES…

DANS LES MÉDIAS FRANCOPHONES…

La portée de la convention votée à l’UNESCO enflamme le débat
Maurice Ulrich, dans L’Humanité du 27 octobre 2005 – 2005/10/27

" La première fois que la culture est intégrée en tant que telle dans le droit international"
Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication de France, dans L’Humanité du 27 octobre 2005 – 2005/10/27

" Il faut s’interroger sur le contenu réel du texte"
Analyse de Serge Regourd, directeur de l’Institut du droit de la communication à l’Université Toulouse-1, dans L’Humanité du 27 octobre 2005 – 2005/10/27

" Diversité culturelle : une belle victoire de la France à l’Unesco"
Revue Républicaine du lundi 24 octobre 2005 – 2005/10/24

 La protection de la diversité culturelle : La défense d’«un patrimoine commun de l'humanité
Al Bayane , le 24 octobre 2005 – 2005/10/24

UNESCO : les É.-U. sont déçus de l'adoption de la convention sur la diversité culturelle - La vidéoconférence de la représentante des États-Unis auprès de l'UNESCO
Par Jeffrey Thomas, rédacteur du « Washington File »

Washington contre le reste du monde
par Alexandra Singh-Pauliat , dans Jeune Afrique l'Intelligent, le 23 octobre 2005 – 2005/10/23

Unesco : la culture "free of trade"
By AN, dans Cameroon Tribune, le 24 Octobre 2005 – 2005/10/24

L'Unesco consacre l'exception culturelle: L’Europe et le monde applaudissent, les États-Unis se plaignent d'une convention "protectionniste"

La diversité culturelle protégée
RTBF – Belgique, le 21 octobre 2005 – 2005/10/21

Armer la culture face au commerce
par Claude Michel, secrétaire de la CGT-Spectacle, dans Le Monde du 18 octobre 2005/2005/10/18

La bataille diplomatique et les efforts d'obstruction des États-Unis ont amplifié la résonance de la convention
Par Natalie Nougayrède, dans Le Monde du 18 octobre 2005 – 2005/10/18

"En quoi la convention proposée de l'UNESCO ne favorisera pas et ne protégera pas la diversité culturelle"
Par James H. Williams, ministre conseiller des relations publiques, ambassade des États Unis à Ottawa, le 18 octobre 2005 – 2005/10/18

"Une Convention pour résister aux pressions"
Par David Kessler, directeur de France-Culture - entrevue à Radio France internationale, 19 octobre 2005 – 2005/10/19

 L'exception culturelle, une bonne nouvelle pour le monde
Par Mohamed Lotfi M'rini , coordonnateur du groupe de recherche en commerce international à l'Institut des hautes études internationales de l'Université Laval (Canada), dans Le Matin de Casablanca, Maroc, le 19 octobre 2005 – 2005/10/19

 

Diversité culturelle : Patrimoine de l’humanité et facteur de développement - Reconnaissance par les pays du monde d’un contre-pouvoir au libéralisme
Par Manuel Marchal, dans Témoignages de la Réunion, le 20 octobre 2005 – 2005/10/20

Diversité culturelle : un manifeste pour une autre mondialisation
par Nicole Vulser, dans Le Monde du 21 octobre 2005 – 2005/10/21

Moon Sori, une actrice coréenne mobilisée pour défendre les quotas
Dans Le Monde du 19 octobre 2005 – 2005/10/19

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DANS LES MÉDIAS ANGLOPHONES…

Will U.S. go into culture shock? UNESCO walls off Hollywood fare
By Liza Klaussmann, October 20, 2005 - 2005/10/20

 

Clash of cultures, France takes on America
By Helle Dale, published October 26, 2005 – 2005/10/26

 

Entr'acte: An old weapon revived: U.S. cultural diplomacy - While rejecting U.S. foreign policy, people in many countries happily embrace its movies, television programs and pop music
By Alan Riding, Thursday, October 27, 2005 – 2005/10/27

 

The General Conference of UNESCO adopts Convention on Cultural Diversity
By the Unrepresented Nations and Peoples Organization, October 20, 2005 - 2005/10/20

 

UNESCO overwhelmingly approves cultural diversity treaty
International Centre for Trade and Sustainable Development (ICTSD), 26 October 2005 – 2005/26/10

 

UNESCO Versus Diversity
New York Sun Editorial, October 25, 2005 – 2005/10/25

 

Chirac Sticks It to Hollywood
By Lee Duigon in MichNews, October 25, 2005 – 2005/10/25

 

U.N. moving to curb free expression
By Daniel Weintraub, in The Sacramento Bee, October 25, 2005 – 2005/10/25

 

Who are the culture police at Unesco protecting?
By Carl Mortished , in The Times - October 26, 2005 – 2005/10/26

 

We need cultural diversity
By Lee Hoon-beom, in JoongAng Daily of Korea

 

US stands alone over cultural diversity treaty - The Financial Times article reporting on the UNESCO cultural diversity treaty
By Frances Williams in Geneva, October 20, 2005 – 2005/10/20

 

U.S. isolated as UNESCO approves pact aimed at protecting cultural diversity
By Joelle Diderich, Associated Press, October 20, 2005

 

Cultural Diversity Pact: Government Should Set Up Clear, Comprehensive Position
The Korea Times, Octobre 23, 2005 – 2005/10/23

 

Unesco Adopts New Plan Against Cultural Invasion
By Alan Riding, in The New York Times - October 21, 2005 2005/10/21

 

UNESCO backs cultural diversity accord, despite U.S.
By Timothy Heritage, in The Star, October 21, 2005 – 2005/10/21

 

" UNESCO Adopts Cultural Diversity Pact"
The Korea Times, 21 October 2005

 

"US 'Pulls Out All Stops' As UNESCO Backs Culture Treaty"
Intellectual Property Watch, 17 October 2005

 

"Dimwitted Nod to 'Diversity"
Washington Post, 12 October 2005

 

" A Thousand Flowers"
Outlook India, 24 October 2005

 

"Unesco Adopts New Plan Against Cultural Invasion"
New York Times, 21 October 2005

 

" Hollywood Lobbyist Concerned About Protectionism"
Reuters/Hollywood Reporter, 23 October 2005

 

"UN to back France against US culture"
The Australian, 21 October 2005

 

"US isolated over cultural diversity"
Financial Times, 19 October 2005

 

" US Stands Alone on Unesco Cultural Issue"
New York Times, 13 October 2005

 

"General Conference adopts Convention on the protection and promotion of the diversity of cultural expressions"
UNESCOPRESS, 20 October 2005

 

" US official heads to France for talks on UNESCO convention"
Agence France Presse, 21 October 2005

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DANS LES MÉDIAS HISPANOPHONES…

La Unesco adoptará hoy la defensa legal de la diversidad cultural
Octavi Martí – París, 20 de octubre de 2005 – 2005/10/20

 

La Unesco adopta en comisión el texto sobre la "diversidad cultural"
Octavi Martí – París, 18 de octubre de 2005 – 2005/10/18

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