Diversité culturelle

Politiques et mesures culturelles – bonnes pratiques

Corée du Sud - Réduction des quotas cinématographiques comme pré-condition de la négociation d’un accord bilatéral d’investissement avec les États-Unis : une remise en cause de la politique culturelle coréenne?

Face à la pression des Américains, qui en faisaient un préalable aux pourparlers destinés à établir un accord de libre-échange entre Séoul et Washington, le gouvernement de la Corée du Sud a finalement cédé aux pressions, en annonçant fin janvier qu'il allait réduire de moitié ses quotas de diffusion de films nationaux. Le ministre coréen de l'Économie et des Finances, Han Duck-soo, a précisé que le nombre de jours pendant lesquels les cinémas sud-coréens seraient tenus de diffuser des films produits nationalement passerait, à partir du 1er juillet, de 146 par an à 73.

Depuis des années, souligne Le Monde dans son édition du 14 février, Washington demandait explicitement que ces quotas soient supprimés ou tout du moins réduits. Le cinéaste sud-coréen Lee Chang-dong qui a été, pendant près de deux ans, ministre de la Culture et fervent défenseur du système des quotas avait d'ailleurs démissionné de ses fonctions pour refuser une telle hypothèse. Cette fois-ci, le ministre de l'Économie, Han Duck-soo, le chef de la délégation sud-coréenne aux négociations avec Washington, Kim Jong-hoon, et surtout le Président de la République, Roh Moo-hyun, ont fait de l'accord avec les États-Unis une priorité de leur gouvernement. Quitte à sacrifier la politique culturelle cinématographique coréenne.

À cet effet, le représentant au Commerce américain, l’ambassadeur Robert Portman, s’est réjoui de cette décision, car la Corée du Sud est le septième plus gros partenaire commercial des États-Unis et, pour Washington, les négociations commerciales bilatérales qui vont s'ouvrir avec la Corée seront les plus importantes depuis la conclusion de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) il y a douze ans avec le Canada et le Mexique.

De leur côté, le président de la MPAA (Motion Picture Association of America), Dan Glickman, s’est vite réjoui de cette bonne nouvelle tandis que la MPAA applaudissait cette importante décision de l’ambassadeur Portman et ses collègues du gouvernement des États-Unis ainsi que le gouvernement de la Corée. Pour eux, la Corée est un important partenaire pour l'industrie du film américaine et la conclusion de cet accord de libre-échange fournirait ainsi aux États-Unis l’accès privilégié à un marché aussi prometteur.

Toutefois, « Cette décision remet en cause de manière dramatique la politique culturelle phare de la Corée, trois mois après l'adoption par l'UNESCO, le 20 octobre 2005, de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles », a déploré la Coalition française pour la diversité culturelle. Son président, Pascal Rogard, souligne que « les États-Unis profitent de la fenêtre de tir pendant laquelle la Convention n'est pas encore ratifiée pour continuer à demander l'ouverture des marchés cinématographiques et audiovisuels – qui sont pour eux des enjeux stratégiques forts – dans toutes les négociations commerciales bilatérales où ils sont présents ».

L'Association coréenne des producteurs et acteurs de cinéma, qui souhaite fortement que l'industrie cinématographique coréenne conserve sa vitalité, s'est très vivement opposée à cette réduction des quotas qui lui permet de détenir une part de marché de 60 % et a qualifié cette décision de "coup d'État anticulturel".

Ce système de quotas, unique au monde, avait été adopté en 1985 pour protéger l'industrie cinématographique coréenne et avait permis l'éclosion d'un cinéma de qualité, reconnu internationalement. Grâce à ces mesures de soutien à la production culturelle et au regain du cinéma coréen, les films nationaux, au nombre de 82 en 2005, représentaient cette année-là plus de 54 % de part de marché.

En visite à Séoul pour rencontrer des responsables d’industries culturelles, des artistes et représentants gouvernementaux, à la suite de cette décision du gouvernement coréen, Robert Pilon, vice-président de la Coalition canadienne pour la diversité culturelle et porte-parole du Comité international de liaison des Coalitions pour la diversité culturelle (CIL) a exhorté l’industrie du cinéma dans le monde a plus de vigilance face à la politique "agressive" de Hollywood dans ce secteur. Dans une lettre cosignée par les co-présidents de la Coalition canadienne, Pierre Curzi et Scott McIntyre, et adressée au Président et aux autorités coréennes, Robert Pilon leur demande de reconsidérer cet accord de libre-échange avec les États-Unis, qui aurait pour conséquence de provoquer une perte regrettable et irrévocable de la diversité culturelle en Corée, aussi bien qu’internationalement.

Par ailleurs, en signe de solidarité, la Coalition française pour la diversité culturelle et ses 51 organisations membres, aux côtés des autres 31 Coalitions à travers le monde réunies au sein du Comité international de liaison des Coalitions pour la diversité culturelle (CIL) se sont immédiatement engagées dans la campagne de protestation orchestrée par la Coalition coréenne pour la diversité culturelle en adressant des courriers aux principales autorités publiques coréennes.


Communiqués et Déclarations :

Soutien à la Coalition coréenne - courriers adressés au :

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