Diversité culturelle

Pour une mobilisation immédiate en faveur d’une Convention internationale sur la diversité culturelle

Québec drapeau

Monique Gagnon-Tremblay, vice-première ministre, ministre des Relations internationales et ministre responsable de la Francophonie et Line Beauchamp, ministre de la Culture et des Communications, Paris, le 14 Octobre 2003

Le Québec a depuis longtemps eu à relever le défi immense de défendre et de faire reconnaître sa spécificité, de la développer, tout en participant pleinement au monde moderne. Pour nous, conjuguer identité et modernité est une question essentielle, pour laquelle nous avons trouvé des réponses qui nous sont propres. Le foisonnement culturel et artistique dont nous nous réjouissons aujourd’hui en témoigne brillamment. Entre les lignes de notre plaidoyer, notre réalité géopolitique reste profondément gravée. Nous restons cette parcelle de la vaste Amérique qui écrit chaque page de son histoire en français.

Le Québec se trouve au carrefour des influences venues d’Europe et de notre continent, et ce, dans tous les aspects de notre vie en société. Cela se voit, cela s’entend! Cette culture québécoise à la fois authentique et métissée, nous souhaitons qu’elle s’enrichisse encore au contact des autres cultures tout en gardant sa personnalité propre. Tendre vers l’universel tout en restant nous-mêmes, voilà le projet que nous défendons sur toutes les tribunes où l’on traite de diversité culturelle. Nous le faisons pour nous en souhaitant voir à nos côtés les citoyens et les citoyennes du monde car, cette fois, l’opération doit être menée par tous ceux et toutes celles qui souhaitent continuer de développer et de partager leur culture.

Une mondialisation conçue de façon strictement économique pourrait mettre à mal les précieux dispositifs de soutien à la création culturelle que de nombreux États, pays et gouvernements se sont donnés. Les mesures, les programmes de soutien financier, les mécanismes fiscaux qui viennent en aide aux artistes, aux associations et aux institutions pourraient être laminés par les accords de commerce internationaux, voire devenir illégaux sous prétexte qu’ils représentent des entraves au libre commerce. À cet égard, nous avons retenu une leçon importante des négociations entourant l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) : la simple et stratégique omission de la culture, dans les grands accords commerciaux, ne suffit pas à protéger celle-ci, au contraire. Il nous a aussi fallu conclure que la seule exception culturelle ne pouvait suffire à sauvegarder nos prérogatives nationales en matière de culture.

Cela explique pourquoi le gouvernement du Québec a été l’un des premiers à avoir pris fait et cause de manière officielle en faveur d’une Convention internationale sur la diversité culturelle. Notre premier ministre, M. Jean Charest, a réitéré cette volonté et a élevé les questions de l’identité et de la diversité culturelle au rang de ses priorités. Aussi, le gouvernement québécois, par décision en Conseil des ministres, a officiellement pris position en faveur de la diversité culturelle.
Est-ce à dire que nous rejetons la mondialisation? Non, bien entendu. Nous cherchons seulement à ce qu’elle soit plus maîtrisée et donc plus fructueuse encore. Voilà pourquoi nous souhaitons qu’une Convention internationale sur la diversité culturelle nous assure de conserver notre droit d’aider nos artistes et nos industries culturelles, évitant ainsi l’expansion de la monoculture sur cette terre. Nous disons monoculture : la métaphore est délibérée. Il semble y avoir un destin commun à la diversité culturelle et à la biodiversité. En ces matières, les déclarations comme celle que l’UNESCO adoptait il y a un an sur la diversité culturelle sont essentielles. Les décisions prises par les pays membres de la Conférence générale de l’UNESCO, réunis à Paris depuis le 29 septembre, sont quant à elles cruciales. Les délégués ont en effet été saisis d’une proposition visant à élaborer un projet de convention internationale sur la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques. L’idée d’une convention qui protégerait de façon efficace le droit des États et des gouvernements d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques de soutien à la culture a été accueillie favorablement dans différents forums internationaux, notamment au sein de la Francophonie qui, lors du dernier sommet de Beyrouth, a confirmé son appui à ce principe.

Chaque vote en faveur d’une Convention internationale sur la diversité culturelle est un jalon important vers ce qu’on peut déjà appeler notre liberté culturelle. Comme ministres du gouvernement du Québec, comme citoyennes d’un monde où la pluralité des expressions artistiques ne cesse de nous éblouir, nous sommes pleinement solidaires des cultures qui pourraient être inquiétées par la menace d’un affaiblissement de la diversité culturelle.

La question de l’adoption d’une Convention internationale sur la diversité culturelle, dont les membres de l’UNESCO discutent en ce moment même, doit nous interpeller tout autant que les cycles de négociations commerciales. Si nous n’y voyons pas aujourd’hui, notre chanson, notre théâtre, notre télévision, notre littérature et notre cinéma ne nous ressembleront plus dans 5, 10, ou 15 ans. Est-ce bien l’héritage culturel que nous souhaitons léguer à nos enfants?

Aux quatre coins de la planète, un grand nombre d’acteurs de la société civile et de représentants politiques sont prêts à manifester leur appui. Ils sont conscients de la nécessité d’agir prestement pour qu’en 2005 l’UNESCO adopte une version finale de la Convention internationale sur la diversité culturelle. Nous restons convaincues qu’il faut poursuivre, élargir la mobilisation et raffermir les liens et la collaboration entre la société civile et les autorités politiques. Il en va, au fond, de la diversité des expressions culturelles et de la possibilité pour elles de s’afficher et de se faire entendre partout.