Diversité culturelle

Allocution dans le cadre de la Conférence interparlementaire sur la diversité des expressions culturelles

Notes pour une allocution de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Mme Christine St-Pierre

Dans le cadre du déjeuner offert aux participants à la Conférence interparlementaire sur la diversité des expressions culturelles

3 février 2011

 

Monsieur Roch Marc Christian Kabore, premier vice-président de l’APF et président de l‘Assemblée nationale du Burkina Faso

Monsieur Jacques Legendre, secrétaire de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie,

Chers collègues parlementaires,

Distingués invités et chers amis,

D’entrée de jeu, je tiens à remercier les organisateurs de cette conférence de m’offrir cet honneur et ce plaisir de m’adresser à vous.

L’événement qui nous rassemble aujourd’hui s’inscrit dans la foulée des nombreuses initiatives prises au sein de la Francophonie par ses membres, instances et divers opérateurs en faveur de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Très active à l’égard de la promotion, de l’élaboration et de l’adoption de cette Convention de l’UNESCO, la Francophonie démontre ainsi qu’elle entend continuer à jouer un rôle de premier plan dans sa mise en œuvre et son suivi. Et je m’en réjouis.

Le dossier de la Convention est d’une importance capitale aux yeux non seulement du gouvernement que je représente, mais de tous mes collègues de l’Assemblée nationale du Québec.

Il faut comprendre que les objectifs et les principes qui sont mis de l’avant par la Convention sont aussi ceux que le gouvernement du Québec a avancés, dès 1999, pour appeler de ses vœux l’élaboration d’un instrument juridique international qui reconnaîtrait le droit des États et des gouvernements d’adopter librement leur politique culturelle.

Ces objectifs et ces principes ont aussi été promus et défendus par notre gouvernement dès son accession au pouvoir en 2003.

Adopté par la Conférence générale de l’UNESCO le 20 octobre 2005, cet instrument, devenu la Convention que l’on sait, a obtenu l’appui unanime de tous les parlementaires de l’Assemblée nationale du Québec le 10 novembre suivant.

Pourquoi une telle continuité dans les positions gouvernementales et une telle unanimité des parlementaires québécois à l’endroit de cette Convention?

Parce qu’au sein d’un vaste ensemble nord-américain autrement différent sur le plan culturel, il est largement admis que la culture et l’identité québécoises ne pourraient s’afficher avec le même dynamisme sans le soutien public.

Depuis le début des années 60 – et nous fêtons d’ailleurs cette année le cinquantième anniversaire du ministère dont j’ai la responsabilité –, tous les gouvernements du Québec qui se sont succédé ont reconnu l’importance de soutenir la culture de façon à assurer le développement et le maintien d’un espace où la culture québécoise pourrait s’exprimer et être accessible à tous.

Ce système a largement contribué à renforcer notre sentiment d’appartenance et notre identité.

Si la culture québécoise évoque chez vous certains noms ou expressions comme Céline Dion, le Cirque du Soleil, le théâtre de Robert Lepage ou les films de Denys Arcand, soyez assurés que ceux-ci ont bénéficié – à un moment ou à un autre – d’un soutien public.

Selon le point de vue, le rayonnement culturel du Québec à l’échelle internationale n’aurait pu être possible sans une politique solide, conçue pour le long terme et accompagnée, nécessairement, de mesures de soutien permettant à nos créateurs, artistes et producteurs d’exprimer leur talent, tant sur les plans local que national et international.

Mais seuls, nous ne pourrions accomplir de telles choses! Nous le savons fort bien et nous croyons que tous peuvent aspirer à faire connaître leurs expressions culturelles si on reconnaît leur droit de se doter des outils adéquats pour ce faire.

La Convention est là pour reconnaître ces instruments indispensables que sont les appuis publics à la création et à la diffusion des expressions culturelles.

Hier, vous avez consacré votre journée à discuter des grands thèmes et enjeux de la Convention sur la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO.

J’aurais beaucoup aimé assister à vos discussions, mais je siégeais en commission parlementaire.

Aujourd’hui, vous avez l’occasion de voir concrètement ce que cherche à promouvoir et à défendre cette Convention en mesurant l’importance des soutiens publics à la culture.

Car au centre de la Convention se trouvent les politiques et les mesures qui peuvent être prises pour appuyer la création, la production, la diffusion et la distribution ou encore pour favoriser l’accès aux biens et services culturels.

Ces mesures peuvent être utilisées dans tous les secteurs culturels où le besoin s’en fait sentir, de l’édition à l’audiovisuel, des arts de la scène à la musique, et dans bien d’autres secteurs encore.

Chers collègues, permettez-moi une confidence… Avant d’occuper le poste qui est le mien, j’ai œuvré suffisamment longtemps dans le domaine de la télévision et de l’information pour comprendre à quel point les médias et les industries culturelles peuvent contribuer à façonner ou à dissoudre les identités.

Je n’entrerai pas dans le détail, mais je ne crois pas vous apprendre que ces instruments sont d’importants vecteurs d’influence culturelle. La radio, la télévision, le cinéma et maintenant Internet sont des moyens de diffusion si puissants que la question de la diversité des expressions culturelles s’y pose avec acuité.

Néanmoins, j’ai plus d’une fois constaté que ces médias, industries et nouvelles technologies de création et diffusion de la culture peuvent jouer un rôle positif sur le plan de l’identité culturelle si les formes traditionnelles d’expressions culturelles comme les arts de la scène ou la littérature sont bien développées et vivantes.

Par exemple, la production audiovisuelle ou le cinéma peuvent se nourrir du milieu du théâtre et de la littérature puisque, parallèlement à leur travail à la télévision, de nombreux artistes évoluent au théâtre et que plusieurs auteurs qui œuvrent pour la télévision ou qui écrivent ou inspirent des scénarios de films ont eu l’occasion d’écrire des nouvelles, des romans ou des pièces de théâtre…

Ceci étant dit, il faut cependant redoubler d’ardeur sur la protection du droit d’auteur.

J’en conclus que le développement d’industries culturelles dynamiques doit commencer par le soutien aux filières qui permettront de les appuyer.

Et ceci est particulièrement important, il me semble, pour les pays qui n’ont pas d’industries culturelles et qui désirent en développer.

Bien entendu, et la Convention de l’UNESCO est claire à ce propos, il appartient à chaque État de déterminer ses priorités en fonction des circonstances qui lui sont propres ainsi que des ressources dont il dispose.

Le postulat de départ est que le soutien public à la culture est souhaitable et que le marché ne peut suffire à assurer le maintien de la diversité des expressions culturelles sur le plan national comme à l’échelle internationale. C’est d’ailleurs ce qui explique que la majorité des pays développés, et de plus en plus de pays émergents ou en développement, se sont dotés d’outils en faveur de leurs industries culturelles.

Encore faut-il que les États n’abandonnent pas leur droit d’élaborer leurs politiques culturelles et de prendre les mesures appropriées qui y concourent. C’est aussi un élément capital de la Convention que d’appeler les signataires à défendre les principes et objectifs qui sont les siens dans d’autres enceintes internationales.

Lors des débats qui ont précédé l’adoption de la Convention, il a été amplement question de l’importance pour celle-ci d’offrir une défense efficace des politiques culturelles et des soutiens en culture qui, en d’autres enceintes internationales, sont trop souvent perçus comme des entraves au commerce.

Car, ne l’oublions pas, une des principales motivations qui ont poussé plusieurs États à appuyer la Convention est liée au fait que l’évolution du commerce international a eu pour effet, ces dernières années, de remettre en cause le rôle des États et des gouvernements en culture comme si cette dernière pouvait être considérée comme une simple marchandise.

En effet, les enjeux de la diversité des expressions culturelles mondiale aujourd’hui peuvent se résumer ainsi : le cadre normatif du commerce international tend à remettre en cause le rôle de soutien que jouent actuellement les États et les gouvernements en matière de culture, au bénéfice des populations qu'ils représentent.

L'abandon de ce rôle aurait pour conséquence d’entraîner l'application des seules règles du marché au secteur culturel.

Cette situation serait synonyme d'une homogénéisation des cultures au profit d'un modèle unique, fondée sur une logique purement commerciale, ce qui mettrait à mal les cultures « moins rentables » ne disposant plus des ressources et des mécanismes de soutien nécessaires à leur expression.

En d’autres mots, ce serait reconnaître l’hégémonie de la société marchande au détriment de la reconnaissance et de l’épanouissement des identités culturelles distinctes.

Il s’agit d’une menace bien réelle, mais ce danger n'est perceptible que dans la mesure où on considère que la culture est plus qu’une simple marchandise.

Or, nous savons que les biens et services culturels jouent un rôle déterminant, au Québec comme ailleurs, à l'égard de l'identité des peuples, de la cohésion nécessaire à toute société, de la vie démocratique, et même, de plus en plus, du développement économique lui-même.

En effet, il ne s’agit pas de nier que les biens et services culturels puissent être l'objet de commerce, mais bien de reconnaître qu'ils ne peuvent être soumis aux règles usuelles du commerce.

C’est pourquoi il est inscrit dans la Convention que les activités, biens et services culturels ont une double nature, économique et culturelle, parce qu’ils sont porteurs d’identités, de valeurs et de sens et qu’à ce titre, ils ne doivent pas être traités comme ayant exclusivement une valeur commerciale.

En conséquence, il a été convenu d’inscrire dans cette Convention  des articles qui engagent les signataires à « promouvoir les objectifs et principes de la présente Convention dans d’autres enceintes internationales ».

À cela s’ajoute la fonction conférée directement par la Convention à l’un de ses organes, le Comité intergouvernemental d’établir, et je cite : « des procédures et autres mécanismes de consultation afin de promouvoir les objectifs et principes de la présente Convention dans d’autres enceintes internationales ».

C’est là un des prochains défis qui attend les Parties à la Convention que de donner vie à ses articles pour compléter, comme il se doit, sa mise en œuvre.

Chers collègues, si j’avais un vœu à formuler ici, ce serait que cette Conférence contribue non seulement à éclairer les tenants et les aboutissants de la Convention de l’UNESCO sur la diversité des expressions culturelles, mais qu’elle vous amène à en devenir ses ambassadeurs dans votre pays, comme dans tous les forums où vous pourrez en discuter.

Je vous remercie de votre attention et de l’intérêt que votre présence ici atteste à l’égard de la Convention et de son objet, la diversité des expressions culturelles!

Merci.