Diversité culturelle

Entrevue avec Mme Youma Fall

Youma Fall.

Notes biographiques
Ancienne administratrice générale du Grand Théâtre de Dakar, Mme Fall est experte en gouvernance culturelle dans les pays en développement. Enseignante et chercheuse à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal, elle est titulaire d’un doctorat en communication et d’un DESS sur la diffusion de l’art de l’Afrique en Occident. Elle est l’auteure de plusieurs écrits sur l’Afrique : enjeux du développement culturel, gouvernance culturelle, histoire de l’art contemporain, etc. Elle occupe, depuis 2012, le poste de directrice de la diversité et du développement culturels à l’Organisation internationale de la Francophonie.

Source : Organisation internationale de la Francophonie (OIF)

Question - Nous célébrerons bientôt le 10e anniversaire de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Quel bilan tracez-vous du rôle de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), et plus largement de la Francophonie, dans l’élaboration, l’adoption et la mise en œuvre de la Convention depuis dix ans? Par exemple, pouvez-vous nous décrire les actions de l’OIF (programmes, groupe de travail sur la diversité culturelle, etc.) en matière de diversité des expressions culturelles?

Réponse – L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a été à l’avant-poste du combat qui a abouti à cette Convention. Elle a notamment joué un rôle déterminant dans son élaboration et son adoption à travers une mobilisation politique très importante de la communauté francophone, des décideurs politiques, des artistes et de la société civile.

Nous avons par exemple mis à leur disposition une production intellectuelle et une expertise pertinentes afin de les outiller pour une meilleure compréhension des enjeux de la diversité culturelle et pour une participation plus efficiente aux négociations des termes de la Convention.

Pour la ratification, le secrétaire général d’alors, le président Abdou Diouf, a déployé un impressionnant dispositif diplomatique de plaidoyer et de sensibilisation des États membres en dépêchant des envoyés spéciaux à travers les cinq continents.

Depuis lors, la Francophonie participe activement à la mise en œuvre de la Convention sur différents plans. Dans le cadre de ses programmes de coopération, elle accompagne l’émergence d’une créativité innovante et le développement des filières d’industries créatives. Elle a également mis en place un programme spécifique de renforcement des politiques de développement culturel dans les pays qui en expriment le souhait.

Des outils d’aide à la décision, notamment des cartographies d’industries culturelles, ont également été produits et permettent une meilleure connaissance du terrain et une bonne compréhension des défis et opportunités.

L’OIF dispose en outre d’un groupe de travail sur la diversité culturelle, dans le but de nourrir les réflexions de son secrétaire général et d’accompagner ses plaidoyers.

Le travail en faveur de la promotion de cette Convention que fait l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) mérite également d’être souligné puisque les parlementaires, à la suite de la Conférence interparlementaire sur la diversité des expressions culturelles tenue à Québec en 2011, se sont engagés à travers un plan d’action.

Question - À l’occasion du XVe Sommet de la Francophonie, tenu à Dakar, une résolution spécifique sur la Convention a été adoptée. Cette résolution demande notamment à l’OIF de continuer à jouer un rôle actif dans la réflexion sur l’impact des technologies numériques sur la diversité des expressions culturelles et dans l’identification d’actions appropriées. À votre avis, de quelle façon pourrait se traduire concrètement ce rôle? Quelles collaborations avec d’autres organisations telles l’UNESCO sont envisageables?

Réponse – Il est indéniable que les technologies numériques ont un impact réel sur la diversité de l’offre et de la demande des biens et services culturels. L’avantage cependant de la Convention est sa neutralité par rapport au numérique. Aussi la prise en compte de cette nouvelle composante ne nécessite pas, de l’avis des observateurs, une révision de la Convention. Il est plutôt question d’envisager une directive pour une meilleure prise en compte du numérique dans la création, la valorisation et la promotion des expressions culturelles dans leur diversité.

Bien maîtrisé, le numérique peut accompagner la création et la diffusion, en ce sens qu’il permet la promotion de la diversité des expressions culturelles. Il réduit les distances, élargit les marchés et facilite l’accès aux contenus. Il importe de soutenir les États et les professionnels dans ce champ.

Le numérique, c’est également la dématérialisation des contenus, avec ses avantages et ses limites. L’urgence, c’est aussi l’encadrement de ses effets. Il importe ici d’accompagner les États dans l’élaboration d’instruments juridiques et dans la mise en place d’un cadre réglementaire adapté à la protection des ayants droit et de leurs œuvres à l’ère du numérique.

De toute évidence, des synergies d’actions sont nécessaires. Les collaborations déjà engagées par l’OIF avec, d’une part, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle sur les questions de droits d’auteurs et droits voisins et, d’autre part, avec l’UNESCO sur les questions de gouvernance culturelle, augurent de réponses concertées par nos institutions respectives quant aux défis posés à la diversité par les technologies numériques.

Question - Selon vous, quels sont les principaux enjeux de la Convention pour l’avenir? Comment voyez-vous le rôle de l’OIF dans ce contexte?

Réponse - La prise en compte du numérique constitue un enjeu majeur et une opportunité pour l’avenir de la Convention. Faciliter l’accès au numérique pour les populations peut contribuer à la démocratisation culturelle et à l’élargissement de la participation à la vie culturelle.

La prise en compte de la culture dans l’agenda du développement durable constitue également un enjeu pour la Convention.

Des rencontres de plaidoyer et de sensibilisation sont indispensables pour accompagner les États quant aux orientations à privilégier dans la mise en œuvre de la Convention. Pour sa part, l’OIF entend poursuivre et renforcer son action en faveur d’une gouvernance culturelle maîtrisée à l’échelle mondiale.

Question - À la suite de l’adoption par l’UNESCO de sa Déclaration universelle sur la diversité culturelle, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 21 mai comme « Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement ». Quelle est l’importance de cette déclaration pour l’OIF et ses membres?

Réponse – La Déclaration universelle sur la diversité culturelle revêt une importance capitale dans la mesure où elle a ouvert la voie, en posant très clairement les principes et les valeurs, à la Convention sur la diversité des expressions culturelles qui sera adoptée quatre ans après. Pour l’OIF, dont l’une des valeurs essentielles est la promotion de la diversité, cette déclaration qui porte sur les principes de la diversité ne peut être qu’au cœur de ses préoccupations.

Les évènements survenus ces dernières années et liés aux crises identitaires et à la fragilité des cohésions sociales nous confortent sur la nécessité de préserver les principes de diversité culturelle dans toutes les politiques publiques. De la même manière, il nous apparaît fondamental de constamment veiller au respect de la diversité des cultures et au dialogue interculturel et interreligieux, car ils constituent les meilleurs gages de la paix et de la sécurité internationales.

Question - Est-ce que l’OIF entrevoit des activités pour souligner le 10e anniversaire de la Convention? Si oui, pouvez-vous nous en faire part?

Réponse - Après avoir été active dans l’élaboration, l’adoption, la ratification puis la mise en œuvre de la Convention, l’OIF entend célébrer comme il se doit ce 10e anniversaire.

À cet effet, les activités que nous prévoyons couvrent trois axes : le bilan de l’action de la Francophonie; l’organisation de cadres de réflexion sur l’état et les perspectives de la diversité des expressions culturelles dans l’espace francophone et dans le monde; des moments de célébration de la créativité francophone à travers la mobilisation des populations et particulièrement des jeunes.

À titre d’exemple, un rapport intitulé Francophonie et 10 ans de mise en œuvre de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sera publié. Il accordera une place importante aux sources iconographiques et interrogera, entre autres, les actions de la Francophonie dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention, y compris la prise en compte du numérique.

L’organisation d’un Forum francophone sur la diversité culturelle à l’ère du numérique est également envisagée. Cadre de réflexion, d’échange et de célébration de la créativité artistique et de la diversité des cultures francophones, ce forum ambitionne de réunir des artistes, des entrepreneurs culturels, des décideurs politiques ainsi que les représentants des principaux opérateurs des industries culturelles et créatives du monde francophone.

Nous souhaitons également mobiliser les jeunes francophones autour de la diversité culturelle et de ses enjeux à travers l’organisation d’un jeu-concours. Ils seront conviés à exprimer par la créativité artistique ce que représente pour eux la diversité culturelle. Le concours sera lancé au mois de juin et les résultats seront proclamés en septembre. Les lauréats seront invités à prendre part au Forum qui est prévu dans la première quinzaine du mois de novembre et à y présenter leurs œuvres.

L’animation d’une plateforme d’échanges, via les réseaux jeunesse, pourrait également être envisagée et les résultats seraient présentés lors du Forum francophone sur la diversité culturelle à l’ère du numérique.

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